FMC l'étoile

Cancérologie.      

Traitement du cancer localisé de la prostate.

Thème 1995

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  On entend par cancer cliniquement localisé de la prostate un cancer sans extension au-delà de la capsule de la prostate, sans envahissement lymphatique et sans métastase, selon les résultats de l'examen clinique et des examens complémentaires disponibles. Le diagnostic de cancer de la prostate repose sur un examen histologique, préalable indispensable à toute décision de traitement. Pour la définition du stade de la tumeur, le groupe de travail a recommandé l'utilisation de la classification TNM dans sa version de 1992. Les cancers cliniquement localisés de la prostate sont des cancers de stade Tl -2, N0-x, M0.
  L'évolution des cancers localisés de la prostate est souvent lente, même en l'absence de traitement à visée curative. Dans les études, le risque d'apparition de symptômes liés à une dissémination métastatique est de l'ordre de 7 % par an.
  La prise de décision thérapeutique à propos des cancers localisés de la prostate doit tenir compte de l'âge, de l'espérance de vie du patient, du stade de la tumeur, de son degré de différenciation histologique et du taux sérique de PSA. Tous ces points doivent être documentés avant la prise de décision d'un traitement à visée curative.
  Le degré de différenciation histologique doit être exprimé selon la classification de Gleason et celle de l'OMS; le compte rendu anatomopathologique doit indiquer en clair si la tumeur est jugée " bien différenciée "," moyennement différenciée " ou " peu différenciée ".
  Les objectifs de la prise en charge thérapeutique des cancers localisés de la prostate sont la réduction de la mortalité, la prévention ou la réduction des symptômes liés au développement local de la tumeur, la prévention ou la réduction du développement de métastases à distance et des symptômes qu'elles entrainent.
  Les modalités reconnues de prise en charge thérapeutique des cancers localisés de la prostate sont la prostatectomie totale et la radiothérapie externe (deux traitements à visée curative) et l'abstention-surveillance.
  Les traitements à visée curative autres que la prostatectomie radicale et la radiothérapie externe n'ont aucune efficacité démontrée sur des critères pertinents dans les cancers localisés de la prostate, et ne devraient être éventuellement proposés aux patients que dans le cadre d'essais thérapeutiques.
  Tel est notamment le cas de la radiothérapie interstitielle, des traitements par laser, par ultrasons focalisés, par cryothérapie, par chimiothérapie antimitotique et des traitements hormonaux, associés ou non à la prostatectomie radicale ou à la radiothérapie externe. Les traitements à visée curative n'ont pas d'indication lorsque le bilan d'extension d'un cancer de la prostate a montré qu'il était de stade clinique (T4 et/ou N > 1 et/ou M > 1).
  L'efficacité de la prostatectomie totale et de la radiothérapie externe ne sont pas totales. Une amélioration de la mortalité ne semble apparaître qu'après au moins 10 ans de suivi. Les effets indésirables de la prostatectomie radicale sont essentiellement l'impuissance érectile (environ 85 % des patients traités) et l'incontinence urinaire (environ 26 % des patients traités).
  La mortalité postopératoire à 30 jours est actuellement inférieure à 1 % chez les patients de moins de 75 ans en bon état général. Les effets indésirables de la radiothérapie sont essentiellement l'impuissance érectile (environ 41 % des patients traités), ainsi que la rectite et l'iléite radiques (environ 11 % des patients traités, tous grades confondus).
  On ne dispose pas d'essais comparatifs de bonne qualité permettant de juger définitivement de l'efficacité et des effets indésirables respectifs de l'abstention-surveilla.ce, de la prostatectomie radicale et de la radiothérapie externe.
  Pour en juger, il faut faire appel à des méta-analyses reposant sur des études de suivi. Les conclusions qu'on en tire ne peuvent être considérées comme définitives.
  Les traitements à visée curative du cancer de la prostate ne sont pas indiqués chez les patients âgés de 75 ans ou plus (sauf les exceptions qui ne devraient généralement pas atteindre 5 % des cas, et ne devraient jamais atteindre 10 % des cas), ou atteints de co-morbidités réduisant leur espérance de vie à 10 ans ou moins. La prostatectomie radicale est également contre-indiquée chez les patients atteints de co-morbidités augmentant de manière significative le risque opératoire.
  Chez les patients âgés de 65 à 75 ans en bon état général, ayant une tumeur de stade clinique Tlb, Tlc ou T2, il n'existe pas de données scientifiques ayant montré la supériorité de la prostatectomie radicale, de la radiothérapie ou de la stratégie d'abstention-surveillance, et le traitement doit être personnalisé. Dans ces situations, le choix du traitement devrait tenir compte des facteurs pronostiques particuliers au patient (âge, grade de la tumeur, présence de co-morbidités).
  Dans de nombreux cas, la décision thérapeutique devrait tenir compte de l'avis informé du patient, ou à défaut, prendre en compte l'importance respective que peuvent avoir pour lui la longueur de son espérance de vie et sa qualité de vie à court et moyen terme (en particulier pour ce qui concerne sa vie sexuelle et sa continence urinaire).
  Chez les patients âgés de 65 ans ou moins, en bon état général, ayant une tumeur de stade clinique Tlb, Tlc ou T2, les traitements à visée curative semblent indiqués, quel que soit le degré de différenciation de la tumeur.
  En l'absence de données, aucun traitement à visée curative n'est indiqué dans les tumeurs de stade clinique Tla, sauf chez les patients de 65 ans ou moins ayant une tumeur de stade clinique Tl a peu différenciée (notamment sur des biopsies complémentaires réalisées par voie transrectale) ou une tumeur paraissant évolutive en raison d'une augmentation des taux sériques de PSA.
  Dans la stratégie d'abstention-surveillance, les traitements (orchidectomie ou traitements hormonaux) n'ont aucune indication en l'absence de signes cliniques ou paracliniques d'évolutivité.
  En ce qui concerne les actions futures, le groupe de travail a recommandé l'organisation d'essais thérapeutiques de longue durée comparant la prostatectomie radicale, la radiothérapie externe et l'abstention-surveillance. Le groupe de travail a aussi émis des recommandations visant à améliorer la qualité des études de suivi non comparatives. Le groupe de travail a souligné l'intérêt qu'il y aurait à élaborer des recommandations sur les thèmes des examens diagnostiques et de surveillance dans le cancer de la prostate, et des traitements des cancers non localisés de la prostate.

Frottis cervicaux du cancer du col.

Thème 1995

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  Le groupe de travail réuni par l'ANDEM sur ce thème à fait, après avoir pris connaissance de la littérature internationale et confronté les pratiques et les opinions, des recommandations pour la pratique des frottis cervicaux pour le dépistage de cancer du col utérin par les praticiens français.
  Le dépistage du cancer du col utérin est une action de prévention secondaire qui ne peut réussir que si elle est organisée, fondée sur un protocole précis prévoyant en particulier une information des femmes, des contrôles de qualité, une évaluation permanente et une prise en charge appropriée des frottis anormaux. Les recommandations pour le dépistage ne sont valides que si ces préalables sont réalisés.
  Une conférence de consensus s'est réunie à Lille en septembre 1990 ; l'essentiel des recommandations du jury de cette conférence reste d'actualité en novembre 1994.
  Le dépistage systématique du cancer du col utérin s'adresse à l'ensemble des femmes ayant ou ayant eu une activité sexuelle, n'ayant aucun antécédent de frottis cervical anormal. Il a pour but de reconnaître celles qui sont probablement atteintes d'un cancer ou d'une lésion précancéreuse.
  Toutes les femmes ayant, ou ayant eu, une activité sexuelle doivent avoir un dépistage systématique du cancer du col utérin.
  Le consensus de Lille a proposé de commencer le dépistage à 25 ans et de l'arrêter à 65 ans chez les femmes régulièrement surveillées jusque là. En raison de l'évolution de l'épidémiologie des lésions cervicales précancéreuses chez les femmes jeunes, le groupe de travail de l'ANDEM recommande de laisser la possibilité de commencer ce dépistage à partir de 20 ans.
  Dans le cadre du dépistage systématique, un frottis tous les 3 ans correspond au rythme optimal de dépistage. En début de dépistage, les deux premiers frottis doivent être réalisés à un an d'intervalle quel que soit l'âge où le dépistage commence. Les frottis considérés comme de qualité insuffisante doivent être répétés jusqu'à l'obtention d'un prélèvement interprétable. Il n'est pas recommandé de moduler le rythme du dépistage selon l'existence de facteurs de risques.
  Toutefois, en l'absence de dépistage organisé, l'abandon du rythme annuel du frottis cervical par les femmes qui le pratiquent conduirait peut être à diminuer le rendement du dépistage.
  Les femmes ayant une symptomatologie gynécologique et celles dont le frottis est anormal nécessitent une prise en charge spécifique. Chez elles, le calendrier des frottis systématiques proposés dans le cadre du dépistage ne s'applique plus.

Immuno-histochimie en
anatomo-pathologie

Thème 1995

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'immuno-histochimie (IHC) est une technique qui permet de détecter la présence ou l'absence de motif(s) antigénique(s) portés par une protéine donnée au sein d'une population cellulaire ou tissulaire. Cette détection est assurée par la liaison, dans des conditions opératoires précises, d'un anticorps monoclonal ou polyclonal avec le motif antigénique recherché. La visualisation de cette liaison et de son siège est assurée dans la plupart des cas par une réaction calorimétrique. L'IHC n'est qu'un des moyens de détection de l'expression de la ou des protéines recherchées.
  L'IHC est une méthode diagnostique très performante, complémentaire de l'examen anatomo-pathologique standard, devant être utilisée lorsque ce dernier ne permet pas d'obtenir un diagnostic précis. Le champ essentiel d'application de I'IHC est le diagnostic positif de tumeur, le diagnostic qualitatif de tumeur, l'étude de certains éléments phénotypiques à caractère pronostique sur des tumeurs. Ceci permet en effet de bien préciser que le cadre d'application est un cadre relativement limité du diagnostic anatomo-pathologique.
  L'IHC doit être réservée à une fraction minime des prélèvements analysés par un laboratoire d'anatomie pathologique, variable en fonction de la spécialisation de ce dernier. L'IHC ne doit servir qu'à confirmer ou infirmer un nombre restreint d'hypothèses diagnostiques suggérées par l'histopathologie, la macroscopie et le contexte clinique. Il n'est pas justifié d'appliquer systématiquement I'IHC à toutes les tumeurs.
  L'immunophénotypage extensif des tumeurs d'origine épithéliale ou conjonctive pour lesquelles le diagnostic a été établi sans ambiguité, est reconnu comme un élément important de compréhension de la biologie tumorale aux sanctions thérapeutiques souvent limitées : il ne se justifie pleinement que dans le cadre d'études prospectives coordonnées par des centres ou réseaux spécialisés.
  L'IHC permet parmi d'autres méthodes d'identifier des motifs antigéniques associés à des protéines d'expression anormale dans les cancers et pouvant être corrélés au pronostic. L'intérêt de l'utilisation de I'IHC à visée pronostique sur des tumeurs n'est pas constamment validée et dépend de plus des propositions thérapeutiques qui seront faites. Il n'y a pas lieu d'effectuer ce type d'étude en dehors de prescription motivée et/ou de l'étude dans des protocoles prospectifs multicentriques.
  Il n'y a pas lieu de réaliser systématiquement la recherche d'agents infectieux par IHC.
  Les réactifs devraient être accompagnés d'une description très précise des caractéristiques telles que le typage de l'anticorps, le type d'épitope reconnu (conformationnel ou séquentiel), la spécificité de l'anticorps par différentes techniques complémentaires des techniques d'IHC.
  La spécificité, la sensibilité, la stabilité et le mode de conservation des réactifs devraient être parfaitement indiqués. Le panel tissulaire sur lequel la spécificité immuno-histochimique a été déterminée, le mode de fixation des tissus pour lequel la validité de la méthode a été démontrée devraient toujours être précisés.
  Une comparaison des caractéristiques du réactif avec celles d'autres réactifs déjà utilisés, ou avec une méthode de référence devrait être réalisée et disponible.
  L'intérêt des réactifs homologués pour le diagnostic ou pour l'établissement d'un pronostic devrait être évalué par des études multicentriques afin d'obtenir la validation clinique justifiant l'utilisation de ces produits. Ces études de validation doivent être conduites par une approche multidisciplinaire, avec la prise en compte des interférences possibles dues à l'utilisation de thérapeutiques.

Tumeurs cutanées

Thème 1995

 

 

 

Recommandations concernant les carcinomes basocellulaires et épidermoïdes (spinocellulaires).

  Le diagnostic clinique de carcinome cutané doit toujours être confirmé par un examen histologique.
  Parmi les méthodes permettant le traitement des carcinomes cutanés, certaines consistent en l'exérèse de la tumeur, permettant ainsi l'analyse histologique des marges de cette exérèse, d'autres détruisent la tumeur sans permettre le contrôle histologique des marges thérapeutiques. Lorsque le choix est possible, les méthodes permettant un contrôle histologique des marges d'exérèse sont préférables. Cette recommandation s'appuie sur un consensus professionnel mais non sur des études contrôlées.
  Il est nécessaire que les malades ayant eu un carcinome cutané soient suivis, pour le dépistage des récidives. Il est proposé un suivi trimestriel à semestriel pour la première année et semestriel à annuel à partir de la deuxième année. Cette surveillance est à vie.
  Le suivi des malades ayant eu un carcinome cutané au stade 1 (tumeur locale) est clinique.
  Il doit être conseillé aux malades ayant eu un carcinome cutané, surtout s'ils sont jeunes, de réduire leur exposition aux rayons ultraviolets, solaires ou artificiels. Cette recommandation s'appuie sur un fort consensus professionnel, et sur un faisceau d'arguments scientifiques.

Pour en savoir plus

Conférences ANDEM sur le site de l'UPLM

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Recommandations concernant le mélanome.

  Nous n'avons envisagé que le mélanome au stade 1 (tumeur locale).
  Le premier temps du traitement du mélanome est à visée diagnostique et consiste en une exérèse au bistouri tranchant passant à distance des limites cliniques de la tumeur. L'exérèse peut être élargie secondairement en fonction de l'indice de Breslow (épaisseur histologique de la tumeur), qui est l'indice pronostique majeur.
  Quelles marges d'exérèse adopter pour le traitement initial du mélanome ?

  Le groupe recommande les marges d'exérèse latérales suivantes:
  - Pour le mélanome intra-épidermique ("in situ"): 0,5 cm, soit 5 millimètres de part et d'autre.
  - Pour les mélanomes d'indice de Breslow inférieurs à 1 mm: 1 cm de part et d'autre de la tumeur.
  - Pour les mélanomes d'indice de Breslow de 1 à 2 mm 1 à 2 cm de part et d'autre de la tumeur.
  - Pour les mélanomes d'indice de Breslow de 2 à 4 mm: 2 cm de part et d'autre de la tumeur.
  - Au-delà des 4 mm d'épaisseur: une marge de 3 cm de part et d'autre de la tumeur semble raisonnable.
  La marge d'exérèse en profondeur doit emporter l'hypoderme mais pas l'aponévrose.

Une conférence de consensus sur le suivi du mélanome au stade 1 a donné les conclusions suivantes :
  Plusieurs études ont montré l'absence de bénéfice sur la survie des curages prophylactiques en l'absence de ganglions palpables et ce, quelle que soit l'épaisseur de la tumeur.
  Aucune étude n'a montré l'intérêt de traitement adjuvant après exérèse au stade 1, qu'il s'agisse de chimiothérapie, d'immunothérapie ou d'autres méthodes, ceci en terme de survie. Un traitement adjuvant du mélanome de stade 1 ne peut se concevoir qu'au cours d'un essai thérapeutique. La réalisation de tels essais est souhaitable étant donnée la persistance d'une mortalité élevée.
  La surveillance du mélanome de stade 1 doit être pratiquée tous les 3 mois. Elle comprend un examen clinique et un contrôle soigneux des autres lésions pigmentées du malade. Des examens complémentaires ne sont à pratiquer que devant l'apparition d'événements cliniques nouveaux.

Prévention des mélanomes incluant le dépistage
  Il n'y a pas d'argument pour recommander ou déconseiller l'exérèse des naevus congénitaux, à l'exception de ceux de très grande taille, pour lesquels l'attitude habituelle est l'exérèse précoce.
  Toute lésion suspecte d'être un mélanome doit être retirée rapidement et non pas surveillée.
  Le groupe propose l'attitude suivante concernant les naevus "traumatisés" : il existe un faisceau d'arguments pour penser qu'un traumatisme n'entraîne pas la transformation maligne d'unnaevus. Un saignement provoqué par un traumatisme mineur doit être considéré comme un signe d'alarme et conduire à l'exérèse de la tumeur pigmentée avec examen anatomopathologique.
  L'exerèse systématique des naevus ne peut pas être recommandée.
  L'ensemble des professionnels de santé doit participer au dépistage et à la prévention du mélanome.
  Le seul élément accessible à une prévention primaire est l'exposition aux rayons ultraviolets, Il existe un accord professionnel fort pour recommander de modifier les habitudes de la population concernant l'exposition solaire. Sont probablement dangereux les coups de soleil chez les enfants, les brûlures solaires importantes. L'existence d'un antécédent personnel ou familial de mélanome doit faire proposer un dépistage familial. La réduction de l'exposition aux rayons ultraviolets doit comporter l'abstention d'exposition aux rayons ultraviolets artificiels et d'exposition aux heures d'ensoleillement maximum de la journée, le port de vêtements adaptés, et à défaut, l'utilisation d'écrans solaires.

Hit-Parade