Cest
un chapitre qui forcément ne peut être exhaustif. Ce quil
faut retenir cest que les choses ont changé et ont entraîné
pour les médecins de nouvelles contraintes dont il faudra tenir
compte pour pérenniser cette relation qui demeure encore la base
de notre métier.
Dans lAntiquité la relation
médecin-patient était autoritaire et au temps dAristote
ou dHippocrate " soigner, cest faire le bien " en se limitant
à des règles simples de générosité,
compassion, dévouement (cest toujours dactualité ).
Le patient qui consultait se soumettait demblée à
lautorité du médecin et en acceptait- a priori-, et
sans discussion, les conséquences quand bien même fussent-elles
fâcheuses Pendant des siècles les choses ont été
ainsi
Mais elles ont bien évolué
puisque très souvent aujourdhui les patients viennent consulter
après avoir fait un tour sur Internet et sont prêts
à défendre pied à pied leur point de vue par rapport
à lanalyse de leur médecin
Le savoir médical nest plus,
aux yeux du public, lapanage du professionnel de santé. Mais
peut-être sagit-il là dune incitation à
" faire mieux et plus " et ces réunions de FMC tendent tout à
fait vers ce but Rappelons aussi que la relation médecin-malade
est entièrement contenue dans le CDM et quen le relisant
on retrouve tout de même la conception hippocratique de la médecine
antique. Titre I " devoirs généraux des médecins
", Titre II " devoirs envers les patients ", CDM contenu en entier dans
le CSP.
Mais quoiquil en soit la manière
de la communication en santé me semble nappartenir quau
médecin et cette capacité à informer personnellement,
souvent innée, peut éventuellement sapprendre .. .
Internet et les médias ne remplaceront
pas le médecin de famille mais on ne pourra plus les écarter
du débat
Le
Médecin et la personne non malade
Lexercice
du médecin doit se baser sur la juste appréciation des différents
textes légaux ou déontologiques et la stricte application
qui en découle. Le Patient a des droits et il compte bien les faire
respecter dautant plus que la législation actuelle (loi N°
2002-303 du 4 Mars 2002) lincitera désormais à le
faire.
Cette loi est intitulée : " Loi
relative aux droits des malades et à la qualité du système
de santé. Démocratie sanitaire. Droits de la personne. Droits
et responsabilité des usagers. Information des usagers du système
de santé et expression de leur volonté ".
Dans cette loi peu de place aux droits
des praticiens, par contre des devoirs renforcés ou nouveaux.
De nombreux droits aux patients mais aucun
devoir clairement défini tout au long de lextrait de loi
se rapportant à la relation médecin-malade.
Mea culpa de la part des générations
passées qui, si elles avaient mieux informé, nauraient
peut-être pas permis den arriver là Quoiquil
en soit il est certain quil sagit bien dune évolution,
et même dune révolution, dans le rapport qui existait
jusque là entre le soignant et le soigné.
Les progrès de la science ont bouleversé
le contenu de lacte médical, les medias se jettent à
corps perdu sur les sujets de santé et le patient consulte son
médecin même sil nest pas souffrant. La santé
est devenue un capital que chacun gère à sa convenance dans
une attitude souvent de prévention, mais cest très
bien ainsi.
Cest peut-être dailleurs
dans ce cas de figure que la relation évolue le plus en bannissant
le paternalisme antique au profit dun partenariat de situation où
le citoyen vient demander au médecin un avis sur ce quil
pense lui-même du sujet. Il vient pour comparer les points de vue
sans pour autant faire sien lavis du professionnel et se réservant
du même coup la possibilité de consulter ailleurs, un autre à
linfini au simple prétexte quil a droit à linformation
et surtout au remboursement de tous les examens quil juge utile
à la protection de sa personne ou des siens. Le praticien en la
circonstance ne devra connaître aucune faiblesse et devra adopter
une attitude autoritaire que nul ne pourra lui contester. Chacun sait
combien ces situations sont difficiles à gérer.
Le médecin doit aussi être évalué
et il doit faire le nécessaire pour actualiser ses connaissances.
Le
médecin et la personne malade
La
relation est différente et se trouve modifiée par létat
de maladie qui redonne au médecin un certain pouvoir décisionnel
à condition dexplications objectives, débauche
diagnostique, de pronostic
Le malade est devenu un partenaire qui doit
décider pour lui même après que le médecin
lait éclairé sur sa pathologie et sur les orientations
qui en découlent. Le Praticien ne doit plus se substituer au patient
en dehors de cas précis, parfaitement définis dans les textes.
Le médecin doit apporter des soins
de qualité, soulager la douleur, informer, obtenir le consentement
Le
médecin et le patient en fin de vie
Le
médecin doit accompagner les mourants.(article 38 CDM)
Il faudra tenir compte aujourdhui
plus que jamais de lavis du patient (article 35 et 36 du CDM), se
garder de toute obstination déraisonnable, comme le disait le Pr
Glorion, faire preuve dune empathie susceptible de replacer le médecin
dans le rôle qui lui revient en pareille circonstance et de " faire
tout ce qui peut être fait lorsquil ny a plus rien à
faire ", cest à dire être là et savoir tenir
une main qui sen va.
Le parcours religieux ou philosophique
de lagonisant doit être pris en considération dans
ces moments ultimes en préférant la chaleur de la relation
humaine à la rigueur scientifique.
Enfin il ne paraît peut-être
pas souhaitable de légiférer sur leuthanasie dont
on parle de plus en plus car ces modifications législatives promises
risquent de porter un nouveau coup à la relation entre le soignant
et le soigné.
Les
principes de la relation
Tout
dépend de linterlocuteur, de lenvironnement, du moment
de la rencontre, du motif et de la disponibilité des deux partenaires.
Lécoute
est primordiale, elle est capitale pour le patient qui est venu dans ce
but, elle est indispensable pour le médecin qui doit en retirer
un maximum dinformation afin de pouvoir réaliser une approche
diagnostique.
Osler disait : " écoutez le
malade ; il vous dit le diagnostic ".
L écoute doit tout de même
" canaliser " le flot de paroles où au contraire aider le patient
à sexprimer dans un concept découte " dirigée
" et réaliser ainsi le
dialogue indispensable qui constituera toujours le "
colloque singulier ".
Lordinateur utilisé raisonnablement
ne constitue pas lobstacle tant décrié au début
de son avènement. Au contraire il est aux yeux du patient lintérêt
que lui porte son médecin à travers une actualisation de
son exercice. Il permettra aussi limpression de la mémoire
des évènements qui émailleront la vie médicale
du malade.
Ecoute, interrogatoire
soigneux, dialogue Examen
en expliquant au fur et à mesure et en évitant de montrer
à lexaminé le " souci " du médecin qui a trouvé
" quelque chose ". Le contact physique est important et non négligeable,
il est indispensable à la relation médecin-patient. La rédaction
de lordonnance et son explication constitue un temps
fort de la consultation. Le praticien doit sassurer de sa parfaite
compréhension, et lécrit devrait comporter le maximum
de conseils. Le temps
est sûrement ce qui manquera la plus au praticien et la consultation
trop brève lui sera reprochée. Tout ce qui est sérieux
méritera dêtre programmé afin de ne pas " lacher
" un diagnostic dans un couloir, entre deux portes, sans se demander ce
que le patient en fera seul face à un avenir incertain. Le diagnostic
ou un pronostic par téléphone ne sont pas tolérables
sil sagit de choses graves. Le "
au revoir " garde aussi, au delà des convenances habituelles,
un message interprétatif quil paraît indispensable
de moduler.
Le
respect de la dignité
Article 1110-2 de la loi, article 2 du CDM
Il doit présider toute relation médecin-malade.
La
non discrimination
Raciale, religieuse, politique, de situations diverses
Article 1110-3 de la loi, article 10 CDM
La
vérité
Rencontre dune " confiance et dune conscience " disait le
Pr Portes, rencontre dune science et dune possible méfiance
désormais, la relation doit être empreinte de vérité.
Il faut " parler vrai ", ce qui nest pas toujours facile, soit parce
que le médecin ne peut, ou ne veut pas, soit parce que le patient
est ou nest pas réceptif ou parce que tout simplement il
ne veut pas savoir.
Je ne me souviens plus du nom du médecin
mourant qui disait à son confrère chargé de lassister
: " vous mavez dit le diagnostic, vous mavez gâché
la vie ".
Il existe en gros trois catégories
de médecins, ceux qui disent la vérité et se soulagent
définitivement du climat trop lourd qui sinstalle immanquablement
entre le médecin et son patient malade, ceux qui ne la disent jamais
et qui portent le poids de ce secret et enfin ceux qui jugent au coup
par coup, qui sont sans doute les plus nombreux et qui peuvent se référer
à ladage : " que faut-il dire au patient ? ce quil
veut savoir " ou bien la phrase du Pr Jean Bernard : " dire la vérité,
toute la vérité oui mais pas tout de suite ".
Cest le Pr Hamburger qui écrivait
: " la cellule a besoin doxygène pour vivre, le malade pour
survivre a besoin despoir ". Il serait en effet inconsidéré
que de ne pas laisser une lucarne despoir dans la chambre dun
mourant.
Le
secret médical
Que lon devrait appeler
le " secret du patient " car cest bien de cela quil sagit
" Il est absolu ", cest du moins
ce que lon disait il y a encore peu de temps. Ce ne sera plus tout
à fait vrai et tout ce que lon a écrit nest
plus dactualité
" la mort ne délie pas du secret
" cest fini puisque les ayants-droits auront accès
au dossier, (1110-4), les médecins devront rester vigilants
Evolution là aussi était-elle souhaitable au point
de linscrire dans la Loi ?
Ce secret sera mis à mal par le
libre accès au dossier (article 1111-7) qui ne permettra plus de
citer le NCPP Article 226-13 et suivants : " la révélation
dune information à caractère secret par une personne
qui en est dépositaire soit par état soit par profession
est punie "
Repris par larticle 4 du CDM
Sauf dérogations prévues
par la loi, et nous y sommes
Une soirée ne suffirait pas à
faire le tour du problème
Confirmation du " secret partagé
" article 1110-4 en limitant linformation à ce qui est strictement
indispensable à la poursuite du projet thérapeutique et
à la prise en charge efficace du patient.
Attention enfin au " secret conjugal "
là où les médecins peuvent se faire " piéger
" et même en dehors du contexte de divorce.
Le
consentement
Entièrement contenu
dans le CDM et la Loi, repris en détail dans le nouveau texte,
ce principe est sûrement le plus important dans la nouvelle relation
médecin-malade car il ne pourra y avoir de consentement sans explications
et vérité " dune information claire, loyale et appropriée
" en labsence de laquelle dailleurs le praticien se trouvera
bien démuni face à une justice qui se référera
à l arrêt Mercier de 1936, et surtout à larrêt
Hédreul de 1997 qui fait que le praticien doit faire la preuve
de linformation donnée par tous moyens (article 1111-2)
sans en préciser les modalités
On pourrait parler des différentes
situations qui peuvent se poser au sujet du consentement.
Jusque là, en médecine "
courante " et après explication approximative, cétait
" Docteur, cest vous qui décidez " ; il faudra dire désormais
au patient que la décision lui appartient et quil doit la
prendre.
En situation durgence, et patient
non interrogeable, le médecin peut décider sans attendre
un avis mais en sassurant que personne ne peut être interrogé
à ce sujet , tiers de confiance, (article 1111-6)
En Psychiatrie, respect de la législation
(1111-7), intervention " facile " dun médecin intermédiaire,
présence dun " tiers autorisé ".
Mineurs (1111-5 et -7) le bon sens prévaut
de même que lintérêt de lenfant en informant
sil le faut le pouvoir judiciaire.
Si le mineur est en état de recevoir
linformation, cest à lui quil faut sadresser.
Sil demande le secret vis à vis de ses parents on doit le
respecter.
Les
relations conflictuelles médecin-malade
Cest
l énorme chapitre du contentieux avec les signalements, les griefs
et les plaintes.
La transparence des actes et les décisions
du médecin devraient limiter les litiges. Espérons au moins
que le libre accès du dossier au patient limitera les conflits
à des affaires soit tout à fait banales et vite réglées,
soit à des affaires sérieuses quil ne saurait être
question docculter.
La loi permet aussi dinformer non
seulement le patient, sil le désire et ce qui nest
pas nouveau, mais aussi sa famille, sil ny met pas obstacle,
ou éventuellement un " tiers de confiance " nouvelle notion parfaitement
définie.
Dans cette relation il faut aussi parler
des contraintes administratives qui ont perturbé aussi le couple
médecin malade en imposant au premier des tâches supplémentaires
et en accordant au second des exigences liées souvent aux avantages
matériels auxquels il peut prétendre.
Si les médecins veulent tout de
même garder certaines prérogatives ils devront très
rapidement informer, puisque cest la loi, mais surtout former leurs
patients à la relation de demain. Lenjeu est de taille
Il ne faudrait pas que devenu " prestataire
de service " malgré lui, le médecin se comporte demain comme
tel en face de " consommateurs de soins " possiblement quérulents
et procéduriers.
La
relation amicale, affective, ses joies et ses dangers
Tout
médecin entretient avec ses patients une relation amicale, affective,
parfois ambivalente dont il ne faut pas mésestimer les dangers.
Sans aller jusquà lérotomanie où les
transferts signalés de temps à autres il est indéniable
que le médecin est pris dans une spirale parfois dangereuse et
que le 4° interdit doit le rester
Je ne métendrai pas sur les
débordements que lon rencontre de temps en temps
Si les joies des familles sont facilement
partagées, naissances, guérisons les peines des patients
sont sûrement ressenties par le médecin et peuvent créer
chez lui un sentiment de malaise, voire de culpabilité
Mais sa sensibilité ne doit pas
être de la " sensiblerie " (Dr JM.Mounier)
Néanmoins le médecin doit
être présent dans les circonstances douloureuses de la vie
et le rôle daccompagnant quil doit avoir vis à
vis des mourants doit sétendre obligatoirement à lentourage
qui dans ces circonstances reconnaît bien la place du médecin.(article
38 CDM)
CONCLUSION
Nul
doute que la loi de Mars 2002 qui fixe les nouveaux droits de la personne
vis à vis de la qualité des soins entérine lévolution
du système où les patients deviennent les partenaires des
soignants et bénéficient des prérogatives accordées
par la loi. Cest dire que leur prétention à participer
à leur santé mettra parfois le médecin dans des situations
compliquées. La loi existe, elle doit donc être appliquée
et peut-être serait-il souhaitable que nous en prenions le contre
pied en laissant désormais au patient le droit de choisir, ce que
la loi lui accorde, mais aussi lui laisser la part de prise en charge
morale que jusque là le médecin assumait tout seul ou presque
Le paternalisme dHippocrate a vécu,
mais pas ses principes puisquon les retrouve dans la loi de 2002
Mais il faudra désormais composer
avec la phrase de Talleyrand, notre illustre périgourdin qui disait
: " savoir, faire, savoir faire, faire savoir "