FMC l'étoile

Noyade - Choc anaphylactique - Asthme aigu grave

15.10.1998

Organisateur: Dr Stéphane Buhaj          Experts: Drs Gautron & Hilaire

La R.C.P. La noyade Le choc anaphylactique L'asthme aigu grave

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

NOYADE

 

INTRODUCTION

  Question importante de santé publique.
  En France dans les années 90, 2000 morts par an.
    -3ème cause de mortalité accidentelle chez l'adulte,
    - chez l'enfant 4ème cause d'accidents, plus de 300 décès par an dont 20% sur les lieux      même de survenue, ce qui en fait la 2ème cause par accident de mortalité.
  Le garçon de moins de 4 ans est le plus exposé.
  Les mois d'été représentent la moitié des cas de noyade de l'enfant.

PHYSIOPATHOLOGIE

CAUSES DE LA NOYADE

  Elles relèvent de trois grands mécanismes:
    - incapacité de maintenir la tête hors de l'eau,
    - incapacité de réagir au stimulus "contact de l'eau" (syncope thermodifférentielle, malaise      vagal, crise convulsive),
    - nage ou plongée en apnée : l'hyperventilation supprime le réflexe de respirer (syncope hypoxique).

CONSEQUENCES

  Réactions à l'immersion:
    - Les premières gouttes de liquide dans la trachée entrainent un spasme laryngé de 1 à 2      minutes, par ailleurs l'hypoxie s'accompagne de mouvements de déglutition remplissant      l'estomac.
     Dans un 2ème temps, le spasme se lève, le liquide envahit l'arbre respiratoire (plus      rarement le laryngospasme se poursuit aboutissant à la noyade à "poumons secs").
    - L'inondation alvéolaire aboutit à un oedème pulmonaire d'origine lésionnel responsable      d'une hypoxémie.
    - L'anoxie généralisée est la suite directe de la noyade. L'anoxie cérébrale conditionne      pour une part essentielle le pronostic, elle est génératrice d'un oedème cérébral.
    - Les variations hémodynamiques (défaillance cardiaque aiguë) sont attribuées au seul      facteur anoxique.
    - Les troubles hydro-électrolytique et la volémie relèvent plus de l'absorption digestive      que du passage liquidien à travers la membrane alvéolo-capillaire.

CONDUITE D'URGENCE

  Le bilan médical:
    - Définir le stade de la noyade
    - Rechercher des lésions traumatiques évidentes, au moindre doute suspecter une lésion      crânio-rachidienne;
    - Etat neurologique conscience, signes déficitaires, convulsion, hypertonie ;
    - Etat respiratoire : fréquence, amplitude, cyanose, mouvements ventilatoires anormaux
    - Etat hémodynamique: pouls, pression artérielle, marbrures;
    - Température centrale.

TRAITEMENT

  Prise en charge non spécifique.
    - Libération des voies aériennes supérieures,
    - Déshabillage - séchage,
    - Evacuation de l'eau déglutie par sonde gastrique (amélioration cinétique      diaphragmatique).

  Thérapeutique.
    - Oxygénothérapie au masque (Fi 02 >0,5) +/- ventilation avec P.E.P. (pression      expiratoire positive),
    - Intubation selon critères de gravité
        - Trouble de conscience,
        - Hypoxie ne réagissant pas à l'inhalation d'02,
        - Hypothermie,
        - Arrêt circulatoire.
    - Thérapeutique complémentaire selon stade:
        - Diurétiques d'action rapide si existence de râles crépitants: FUROSEMIDE 0,5          mg/kg IV chez l'adulte, 1 mg/kg chez l'enfant,
        - Dobutamine si défaillance cardiaque aiguë 5 à 10 mug/Kg/mn,
        - Benzodiazépine si agitation.

 

LE CHOC ANAPHYLACTIQUE

  Le choc anaphylactique est un accident grave, imprévisible qui survient brutalement et dont le pronostic est fonction de la rapidité de la mise en route du traitement.
  La physiopathogénie de la réaction anaphylactique repose sur un mécanisme immuno-allergique et aboutit à la libération de différentes substances dans l'organisme dont principalement l'Histamine.

EPIDEMIOLOGIE

  Une étude rétrospective a démontré que les chocs anaphylactiques étaient provoqués principalement par des agents d'anesthésie (24,5%), les venins d'hyménoptères (17,5%), les antalgiques (14,5%), les produits de contrastes iodés (13%), les antibiotiques (9%) et enfin les solutés de remplissage (2,5%).
  Le plus souvent, ils surviennent en dehors de tout milieu médicalisé, principalement pour les piqûres d'hyménoptères (guêpes, abeilles, ...) et sont donc responsables de nombreux décès secondaires au choc anaphylactique associé à la cardio-toxicité directe du venin.

PHYSIOPATHOLOGIE

  L'anaphylaxie est une réaction d'hypersensibilité immédiate de type 1 qui évolue en deux périodes:
  - la période initiale, de premier contact avec l'antigène et formation d'anticorps, est une    période asymptomatique.
  - la deuxième période correspond à la réintroduction dans l'organisme des antigènes avec    création de complexes immuns Ag-Ac provoquant la libération des différents médiateurs de    l'anaphylaxie. Les anticorps en question sont de la classe des immunoglobulines E.
  Les médiateurs de l'anaphylaxie sont représentés essentiellement par l'histamine qui stimule des récepteurs de type Hl provoquant une vasodilatation cutanée avec oedème et prurit associés à une vasoconstriction coronaire et une bronchoconstriction. Il existe aussi une libération de leucotriènes qui ont une action retardée mais beaucoup plus puissante que celle de l'histamine.

FACTEURS FAVORISANTS

  L'atopie - représentée par l'asthme, l'eczéma, la rhinite et la conjonctivite allergique ainsi que les allergies alimentaires - augmenterait de manière sensible la fréquence des accidents anaphylactiques.

SYMPTOMATOLOGIE CLINIQUE

  La diversité des mécanismes engendrés lors de la libération de médiateurs de l'anaphylaxie explique la complexité de la symptomatologie ainsi que les grandes variations individuelles, en particulier dans le délai d'apparition des signes (dans 95% des cas ce délai est inférieur à 2 mn, mais il peut en fait varier de 2 à 20 mn).
  Le choc anaphylactique est caractérisé essentiellement par l'apparition d'un collapsus vasoplégique avec tachycardie,
  Il s'y associe souvent une éruption urticarienne rapidement généralisée ainsi qu'un bronchospasme qui peut être sévère.
  On retrouve plus rarement un oedème laryngé (oedème de Quincke) ainsi qu'une possible diarrhée avec douleurs abdominales diffuses.
  Enfin un arrêt cardiaque peut survenir soit brutalement d'emblée, soit secondaire à l'hypoxie liée au bronchospasme voir à la persistance du choc vasoplégique.
  Secondairement un oedème pulmonaire lésionnel peut apparaître témoignant les troubles de la perméabilité de la membrane alvéolo-capillaire.

TRAITEMENT

  1) Arrêter l'administration de la substance antigénique.

  2) Assurer une oxygénothérapie à fort débit au masque ou à la sonde nasale.

  3) Administrer de l'ADRENALINE en fonction des chiffres tensionnels observés.
    L'ADRENALINE peut être administrée par voie sous-cutanée à des doses de 0,3 à 0,5 mg     qui peuvent être répétées toutes les 5 à 10 minutes selon l'évolution des chiffres     tensionnels.
    Il conviendra d'éviter la voie intramusculaire du fait de problèmes de résorption du     produit.
    On préférera la voie intraveineuse directe par l'intermédiaire de la pose d'une voie     veineuse périphérique, on préparera alors l'ADRENALINE à raison de 1 mg dilué dans     10 ml de solution que l'on injectera ml par ml en fonction des résultats obtenus sur les     chiffres de pression et la fréquence cardiaque.
  4) Entreprendre un remplissage vasculaire en évitant tous les solutés     possiblement antigéniques (Dextrans, gélatines fluides modifiées).
    On utilisera donc des cristalloides à fort débit type Ringer Lactate.
  5) Lorsque l'état du patient sera stabilisé, on pourra utiliser des traitements    adjuvants de type antihistaminiques injectables (POLARAMINE®) ainsi que des    corticoïdes qu'il faudra injecter le plus précocement possible du fait de leur délai d'action de    l'ordre de 45 mn (SOLUMEDROL® 120 mg ou Hémisuccinate d'Hydrocortisone 200 mg)

PREVENTION

  La prévention des accidents anaphylactiques est essentielle, elle passe principalement par l'interrogatoire à la recherche des facteurs favorisants ou des antécédents allergiques mais aussi par le choix de médicaments les moins anergisants possibles et enfin par des désensibilisations spécifiques en particulier dans les cas d'antécédents de réactions anaphylactiques qu'elles soient légères ou graves aux piqûres d'hyménoptères.

CONCLUSION

  Le choc anaphylactique associe cliniquement des manifestations allergiques bénignes de type urticarien mais qui peuvent faire craindre à tout moment, l'évolution parfois rapide, vers des troubles mettant en jeu le pronostic vital
  - collapsus cardio-vasculaire,
  - détresse respiratoire aiguë.

  Les modalités thérapeutiques sont simples.
  Elles consistent en l'administration précoce d'ADRENALINE associée à une oxygénothérapie efficace ainsi qu'un remplissage vasculaire.
  Ces mesures seront d'autant plus efficaces qu'elles seront instituées précocement.

  Toute réaction de type anaphylactique doit conduire logiquement à l'hospitalisation du patient afin de poursuivre les traitements entrepris et d'assurer une surveillance en milieu spécialisé pendant les premières heures, mais aussi pour permettre un bilan allergologique complet afin d'instituer par la suite les mesures préventives qui s'imposent.

Référence: Urgences Médico-Chirurgicales de l'adulte, ARNETTE, 1991.

 

L'ASTHME AIGU GRAVE

  L'asthme est une maladie fréquente qui touche 3 à 4% environ de la population.
  Le terme d'asthme aigu grave est défini par une crise d'asthme inhabituelle qui met en jeu le pronostic vital.
  En France, on estime à environ 2 000 par an le nombre de décès induit par une crise d'asthme aigu grave.

PHYSIOPATHOLOGIE

  Elle est essentiellement représentée par l'obstruction bronchique. Cette obstruction bronchique est la conséquence de trois phénomènes principaux:
    - le bronchospasme,
    - l'oedème interstitiel,
    - et l'hypersécrétion bronchique formant un bouchon muqueux.
  L'ensemble de ces phénomènes aboutit donc à une diminution importante des débits respiratoires, particulièrement sensible sur le débit expiratoire de pointe (DEP).
  C'est la seule mesure facilement accessible en médecine d'urgence.
  Elle est rendue possible par l'utilisation d'un débitmètre de pointe et on retiendra la meilleure valeur de trois mesures successives.
  Par ailleurs du point de vue biologique, il existe une hypoxie associée à une hypercapnie pouvant amener à un état d'acidose respiratoire.
  De plus les modifications considérables des régimes des pressions intra-thoraciques sont responsables de modifications cardio-circulatoires majeures, aboutissant à la chute du débit cardiaque et l'apparition d'un pouls paradoxal dont l'importance est correlée avec la gravité de la crise.

FACTEURS DECLENCHANTS

  Les facteurs déclenchants sont nombreux (abus de sédatifs, exposition massive à un allergène, arrêt ou modification d'un traitement, facteur émotionnel, infection bronchique ou sinusienne, Cependant dans la moitié des cas, aucun facteur déclenchant n'est mis en évidence.
  L'abus de bétamimétiques en aérosol ne doit pas être considéré comme un facteur favorisant un asthme aigu grave.
  L'inefficacité des bétamimétiques en spray traduit la gravité de la crise et doit inciter le patient à consulter un médecin d'urgence.
  La peur des bétamimétiques est injustifiée voire dangereuse car conduisant toujours à un traitement insuffisant.

CRITERES DE GRAVITE

  La crise d'asthme se traduit par une dyspnée expiratoire associée le plus souvent à des râles sibilants des deux champs pulmonaires.
  Il faut en fait distinguer les signes de gravité des signes d'alarme qui indiquent eux, un arrêt cardio-respiratoire imminent.
  La présentation du malade est éloquente et permet d'emblée d'apprécier la gravité
    - patient tachypnéique,
    - en position assise, ne pouvant parler
    - mettant en jeu ses muscles respiratoires accessoires (tirage sus-sternal, balancement      thoraco-abdominal, battement des ailes du nez)
  La disparition des sibilants (silence auscultatoire) indique une extrême gravité.
  Ces anomalies étant difficilement quantifiables, une mesure objective du DEP s'impose dans tous les cas.
  Un DEP < 1201/mn traduit une crise sévère.
  L'impossibilité d'effectuer un DEP est un signe de gravité.
  Enfin le retentissement hémodynamique est apprécié par l'importance du pouls paradoxal qui est corrélé à la gravité de l'obstruction bronchique lorsqu'il dépasse 20 mm de mercure.

TRAITEMENT

  L'apparition d'une crise d'asthme grave impose la mise en place rapide d'une oxygénothérapie efficace.
  Indépendamment d'une crise de gravité extrême associant une détresse respiratoire et des troubles majeurs de la conscience, il conviendra de mettre en place une nébulisation de bétamimétiques type BRICANYL® 5 mg en dosette éventuellement associé à ATROVENT® 0,5 mg en dosette. Chez l'enfant, on ajoutera un corticoïde dans l'aérosol: PULMICORT® 1 mg en dosette.
  En cas d'inefficacité de ce premier traitement on passera au stade suivant caractérisé par la mise en place d'une voie veineuse périphérique et la perfusion de SALBUTAMOL® intraveineux à dose progressive débutant à 0,5 mg/h et rapidement augmentée en fonction de l'effet thérapeutique d'une part et de la tachycardie induite d'autre part et ce jusqu'à 8 mg/h
  En cas d'impossibilité de poser une voie veineuse ou en l'absence de matériel pouvant assurer un débit continu, on pourra utiliser des bétamimétiques injectables par voie sous-cutanée type BRICANYL® une ampoule de 0,5 mg SC à renouveler toutes les 5 mn.
  S'il n'existe toujours pas d'amélioration, on passera alors à l'utilisation d'ADRENALINE par voie intraveineuse toujours à dose progressive de 1 à 3 mg/h.
  On se situera alors dans une situation dite de gravité extrême imposant rapidement l'intubation trachéale et la ventilation contrôlée.
  Une corticothérapie devra être débutée le plus précocement possible considérant le délai d'action de l'ordre de 45 à 60 mn, elle sera de type SOLUMEDROL® 120 mg IV ou Hémisuccinate d'hydrocortisone 200 mg IV.
  Enfin l'utilisation de la THEOPHYLLINE sera réservée au service de réanimation hospitalière du fait de la toxicité et du peu d'efficacité du produit dans le contexte de l'asthme aigu grave.

CAS PARLICULIER DE LA CRISE SURAIGUE

  Elle associe des troubles de la conscience à un collapsus cardio-vasculaire ainsi qu'un silence auscultatoire avec parfois des pauses respiratoires.
  Elle justifie donc des manoeuvres de réanimation lourde immédiates de type ventilation assistée ou contrôlée après intubation trachéale et utilisation d'ADRENALINE IV à dose progressive, voire par voie intra-trachéale si l'abord veineux s'avère impossible.

CONCLUSION

  Devant toute crise d'asthme la nébulisation apparaît comme une méthode simple, rapide à mettre en oeuvre et surtout rapidement efficace.
  Elle nécessite cependant un matériel adapté.
  Le concept essentiel à retenir dans le traitement de l'asthme aigu grave est celui d'une escalade thérapeutique où les variations de traitements en intensité ou en nature se succèdent très rapidement en fonction de l'évolution clinique.
  La prévention est un facteur d'une importance considérable qui passe par l'éducation du malade.
  Il importe donc de réviser la prise en charge des appels des patients asthmatiques en considérant tout appel d'urgence provenant d'un patient asthmatique comme une crise sévère potentiellement mortelle.
  Le caractère inhabituel de la crise tel qu'il est ressenti par le patient constitue un signe de gravité.

Réf: Urgences Médico-Chirurgicales de l'adulte, ARNETTE, 1991.

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