FMC l'étoile

La ménopause

Exposé Dr Legoux

01.10.1997

Organisateur: Dr Alain CAPPELLE                Expert: Dr Yves LEGOUX

La préménopause: commence vers 17-18 ans, quand les cycles sont ovulatoires, jusqu'à environ 35-37 ans.
La périménopause: à partir de 35-37 ans, chute phénomènale des follicules ( 2 Millions de fol. à la naissance, 3-400 000 à la puberté (consommation de 300 à 500 follicules chaque mois), 25 000 à 37 ans, 2-3 000 à 50 ans, ménopause à - de 1 000; à ce moment il n'y a plus de sécrétion estrogénique de l'ovaire ).
En périménopause il y a une altération progressive de la qualité des ovocytes (37 ans à 40 ans ) d'où grossesses plus difficiles (env. 47 % d'ovocytes porteurs d'anomalies chromosomiques ) . Pas de signes clinique, mais l'Inhibine ( hormone sécrétée par la granulosa des follicules) , en relation avec le nombre de follicules, est moins sécrétée, inhibe moins la FSH qui s'élève en début de cycle. (Chute de la réussite des FIV après 37 ans ).Puis 2 périodes se profilent: d'abord l'insuffisance lutéale, puis la période charnière d'hypoestrogénie.
L'insuffisance lutéale: Raréfaction des follicules, baisse du taux d'inhibine, élévation de la FSH dans une période de + en + longue du cycle, d'où altération de la maturation des follicules en 1° partie de cycle. Les fol. seront moins matures, maturation accélérée, plus gros. Il y a un raccourcissement de la phase lutéale qui est de moins bonne qualité. Il va y avoir une insuf. de progestérone en phase lutéale.
Mastodynie, un peu irritable, anxiété, insomnie, jambes douloureuses avant les régles, gonflement du ventre, d'abord quelques jours puis de + en + longtemps dans le cycle.
A ce moment on peut donner un progestatif ( Utrogestan ® x 2 )pour soulager ces symptomes (inactif pour régulariser les cycles).
Puis l'aggravation se poursuit. La prise de poids s'opère: rétention liquidienne, diminution de la masse musculaire qui consommait le plus en terme de métabolisme de base, augmentation de la masse graisseuse. Les règles se rapprochent (progestérone sécrétée en moindre quantité et moins longtemps). Les cycles sont plus estrogéniques, ce qui stimule plus la muqueuse utérine, et les règles seront plus abondantes et plus rapprochées.
Il faudra prescrire un progestatif plus puissant, controlant mieux la muqueuse utérine, et pas encore trop agressif ( Duphaston ®) sans effet natriurètique. On peut adjoindre un traitement symptomatique (insuf. veineuse (vasculotrope), oedème cyclique idiopathique (aldactone ®), magnésuim pour la composante psychique. Si les mastodynies prédominent, il faut des progestatifs ncore un peu plus puissants (Surgestone ®, Lutényl ®, Lutéran ® É). ces norpregnanes ont un effet antigonadotrope dès 15 j. de traitement. Pour avoir une action sur le sein, il faut mettre en route le traitement dès le 10° 11° jour du cycle. L'action se fait plus par l'effet antigonadotrope que par l'effet progestatif lui même.
La 2° partie de la périménopause, c'est la période charnière, celle qui pose le plus de problèmes.
Physiologiquement, l'inhibine baisse de + en +, la FSH est très élevée (son dosage est inutile, car le taux est très instable, la clinique doit primer), la progestérone est très basse. Sur l'hypothalamus, elle est inhibitrice de la pulsatilité des gonadotrophines. Étant effondrée, les gonadotrophines accélèrent leur pulse. Donc, on a un double effet sur l'ovaire, d'accélération des pulses de GNRH donc des sécrétions de FSH, LH, et une augmentation de la FSH. L'ovaire qui n'a plus beaucoup de follicules, est hyperstimulé, or les follicules ne sont pas matures, avec des recepteurs "déréglés", mais certains conservent une bonne réceptivité. Ces derniers vont être hyperstimulés, et vont déclencher des kystes. C'est ainsi que l'on voit beaucoup de kystes dans cette période charnière, des hyperestrogénies absolues. On a des périodes d'hypoestrogénie et d'hypoprogestéronémie, et sur ce fond,emergeront des pics d'hyperestrogenie, avec des poussées de muqueuse utérine, des hémorragies après 2-3 mois d'aménorrhée.
Cliniquement ce sont des signes d'hypoestrogénie: asthénie, dépression, mauvais sommeil, prise de poids. La durée de cette période est variable, de quelques mois à quelques années.
La solution à cette période est le freinage-substitution. On freine le cycle avec un norprégnane (progestatif antigonadotrope) bien tolérés sur le plan métabolique (cholestérol) et tensionnel, Émais responsables parfois de prise pondérale par l'intermédiaire non de l'action progestative, mais de la stimulation de l'appétit. On a moins de problèmes en donnant ces progestatifs 20 jours plutôt que 15 jours ( effet de l'hyperestrogénie qui persiste un peu + l'effet du progestatif ). Les ovaires sont mis au repos, pas de pic oestrogenique, pas de kystes, on obtient une contraception. Inconvénient, ces progestatifs sont atrophiants sur l'endomètre, ce qui provoque des saignement anarchiques. La Surgestone ® agit beaucoup sur la muqueuse utérine, avec un risque non négligeable de saignement ( une fois sur 4). Le Luteran ® ( 1 matin et soir ) ne necessite pas l'ajout d'estrogène; Pas de saignement pendant la durée du traitement, mais pas de règles non plus ( 7 fois sur 10). On peut aussi utiliser le Lutenil ® avec une petite dose d'estrogène (le minimum possible: 1 pression ou 2 d'Oestreva ® (1/3 de dose par pression)) car il peut y avoir une estrogénie résiduelle source d'inconvénients (Protocole Christian Jamin ).Dans ce dernier cas les règles existent. Il faut noter qu'une dose d'estrogène chez une femme peut avoir un impact de 1 à 4 selon l'individu. D'où la difficulté d'adaptation de ce type de traitement. Ces protocoles permettent de faire la jonction avec la ménopause: 20 j progestatif + 10 à 15 j d'estradiol, puis on dose la FSH pour diagnostiquer la ménopause ( que l'on camoufle ). Il y a un effet bénéfique des progestatifs même sur les bouffées de chaleur, sur l'os (étude Rigaud avec Surgestone ®). Il existe des recepteurs à la progestérone sur l'os, ainsi que des récepteurs aux androgènes. On dose donc la FSH le 7° jour de l'arrêt du traitement. Si la FSH est remontée, on est en ménopause. Soit on abandonne ce protocole, et on prend un traitement de la ménopause, soit on fait un protocole test au progestatif, on attend un mois, puis on donne 10 j. de progestatif ( Duphaston ®) par mois. tant qu'on obtient des règles et que la femme n'est pas génée par des symptomes de ménopause.
La Ménopause. Bouffées de chaleur, sécheresse vaginale, asthénie, dépression, douleurs diffuses, maux de tête, douleurs pelviennes, É.Le traitement va être mis en place
- Historique: 1970: La première indication du traitement de la ménopause était l'ostéoporose; traitement estrogénique pur (Prémarin ®)
1975: Smith montre qu'il y a une augmentation du nombre des cancers de l'endomètre directement proportionnelle au nombre de boites de Premarin ® vendues. Questions?
1982: Flower prouve que les estrogènes sont responsables des cancers de l'endomètre, si on les donne seuls.. Frein brutal des prescriptions.
1983 et 88: Whitehead, Lobo prouvent qu'en ajoutant des progestatifs ont supprime le risque induit de cancer de l'endomètre. Avec 7 jours de ttt progestatif, on obtient 4% d'hyperplasie résiduelle de l'endomètre, avec 10 jours, 2%, et avec 12 jours, il n'y a plus d'hyperplasie résiduelle. Donc il faut au minimum 12 j de ttt progestatif, le mieux étant 14 jours.( Il y tout de même 15% des cancers de l'endomètre qui surviennent sur des endomètres atrophiques (mauvais pronostic)). Reprise des prescriptions.
1989: Apparaissent alors les bénéfices cardiovasculaires (Sullivan, Grushof) . 5 à 10 % des femmes se traitent. Le bénéfice est d'autant plus interessant que les femmes ont déja des sténoses coronariennes (risque relatif de 0,44, 0,59, 0,37 selon les études). Ceci relance l'intérêt du traitement.
Troisième risque de la ménopause, risque de cancer du sein. On est toujours incapable de le chiffrer. Le ttt de la ménopause est il dangereux pour ce cancer? Les éléments dont on dispose actuellement ne permettent en aucun cas d'incriminer l'hormonothérapie (Avril 97). Pourtant, il y a une petite augmentation de l'incidence des cancers du sein avec le temps ( le risque relatif augmente à 1,1, 1,2, 1,3 après 12 ans, 15 ans de ttt). En réalité, ces cancers sont souvent hormonodépendants, dépistés plus tôt, et de meilleur pronostic. La mortalité n'est pas accrue, et la qualité de vie est nettement meilleure.Il n'est donc pas justifié actuellement de se préoccuper de ce risque de cancer du sein pour prescrire un traitement hormonal, par ailleurs très bénéfique. Il y a 4% de décès par cancer du sein, 18% par les autres cancers, et 53% par maladies cardiovasculaires. 1991, 1993, des équipes suédoises (Anderson, Amuson,É) montrent que les progestatifs peuvent induire des cancers du sein. A partir de là, on a estimé que moins on donnait de progestatif, mieux c'était. S'il n'y a pas d'uterus, il n'y a pas lieu d'en donner. Autre étude (Dupond, Page ) Chez les femmes à risque, celles qui ont des hyperplasies atypiques, on a une réduction du rique de cancer du sein, par rapport aux femmes non traitées. On peut donc traiter les femmes à risque, puisque le risque vital n'est pas augmenté, même plutôt diminué. La grossesse et l'allaitement protègent du cancer du sein. Car ils réduisent la susceptibilité des cellules aux oncogènes, car plus différenciées. Le Raloxifène va remplacer le Tamoxifène, car sans action sur l'endomètre. Après l'intérêt pour l'os, l'avantage pour l'appareil cardiovasculaire, l'absence de risque prouvé pour le sein, on en arrive à l'intérêt pour les maladies "nerveuses".
1997: A Sidney, on s'est aperçu que le ttt de la ménopause avait un intérêt majeur pour les démences séniles et l'Alzheimer. 60% des démences séniles sont des Alzheimer, 5% des femmes de 65 ans en sont atteintes, 20% après 80 ans. Il y a des recepteurs aux estrogènes dans l'hyppocampe (région centralisatrice de la mémoire à long terme).En traitant on doit diminuer de plus de 50% le risque de maladie d'Alzheimer. De plus ce traitement va potentialiser les traitements existants, comme la Tacrine. Il y a inhibition de la production de substance amyloide, qui "enchasse" l'hyppocampe, augmentation de la vascularisation, effet antioxydant, É.Il y a donc une nouvelle motivation pour prescrire ce traitement.
On peut commencer le ttt quand on veut (60 ans, 70 ansÉ)
Pour être efficace sur l'os il faut 60 picogrammes /ml d'estradiol. Étant donné la grande variabilité de sensibilité et de tolérance d'une personne à l'autre, il semble logique d'adapter la posologie en fonction de la tolérance, en cherchant bien sur la dose la plus proche de 50 pg. Chez la personne un peu agée, il faut débuter à des petites doses. S'il y a un utérus, on met un progestatif 14 j, s'il n'y en a pas, on n'en met pas. Le mieux, c'est de commencer le plus tôt possible, car la perte de l'os survient avant même la ménopause ( on peut compenser avec les progestatifs 20 j / 28), et qu'elle est très rapide dans les 3 ans qui suivent. Les biphosphonates ont fait la preuve de leur efficacité sur 3 ans.
Les phytoestrogènes (en particulier du soja ) diminuent le cancer du sein et de l'endomètre. Ils ont des effets dissociés. Le soja a des effets estrogéniques sur certains tissus, mais par sa transformation dans l'intestin, avec des composés (isoflavones), il va avoir des effets dissociés sur le sein et sur l'endomètre. Blocage des effets mitogènes par plusieurs sortes d'actions enzymatiques. L'apport des phytoestrogènes est tout à fait intéressant.
Pour l'endomètre, l'echographie endovaginale est le meilleur marqueur pour dépister les cancers de l'endomètre. Si la muqueuse fait plus de 8 mm d'épaisseur, danger!, De plus on est sur qu'il n'y a pas de danger au dessous de 4 mm. Entre 4 et 8 mm, il faut surveiller. Au dessus de 8 mm, hystéroscopie, curetage, il faut vérifier. Le doppler couleur permet de vérifier la vascularisation de l'endomètre hyperplasique.Pronostic du k de l'endomètre: survie à 5 ans de 95% pour les stade 1, 65% pour les stade 2. Au delà, il prend le pronostic de n'importe quel cancer. Les phytoestrogènes ont une action sur l'endomètre comme dit plus haut, (mais aussi sur l'os!) Effet anticancereux.
Pour le sein, rien de neuf.
Le risque cardiovasculaire augmente d'un facteur 2 après la ménopause. Sur les lipides il y a augmentation de l'HDL avec les estrogènes, diminution de la lipoproteine a, É, cela participe à moitié pour le bénéfice cardiovasculaire; le reste est du à l'action sur l'endothélium vasculaire. Une étude récente de Rosano montre que l'administration sublinguale de 17 ß-estradiol à des femmes ménopausées présentant un angor d'effort amèliore la tolérance à l'effort de façon sensiblement identique à la trinitrine. Pb annexes: l'HTA, le ttt ferait plutôt baisser la TA, mais parfois le ttt favorise des poussées idiosyncrasiques de TA. Dans ces rares cas là, le ttt est contrindiqué. On a toujours intérêt à associer des ttt spécifiques à celui de la ménopause, pour chaque pathologie.( ttt ménopause et biphosphonate, ttt ménopause et Tacrine, ttt HTA, É)
Les seules contrindications au ttt substitutif sont les accidents cardiovasculaires récents, et les thromboses. Thrombose veineuse profonde, recente, et à fortiori si embolie pulmonaire: C I absolue de principe et définitive. Thrombose veineuse profonde ancienne mais récidivante, idem. Thrombose veineuse profonde ancienne unique, c'est au cas par cas. On tente de petites doses d'estrogènes percutanés.
Enfin l'Alzheimer, le ttt permet une amélioration des performances de la mémoire.

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