FMC eToile
Conseils aux voyageurs
08.11.2000
Organisateur: Dr Jean-Jacques Buffet                 Expert: Dr Philippe Lataste

 

L'exposé             Le sujet sur la toile

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Dr Jean-Jacques Buffet

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

mis en ligne

le 13 novembre 2000

       On dit volontiers que lorsque l’on part en vacances : " ON OUBLIE TOUT " c’est plus facile si l’on a pensé à " PRESQUE TOUT " avant de partir. C’est l’objectif (à atteindre) de cette soirée.

       En 1998, l’OMS a étudié une population de 100 000 voyageurs ayant séjourné 4 semaines en région sub-tropicale. Cette étude a montré :

  •   Qu’une personne sur 2 a eu un problème de santé quelconque
  •   Qu’une personne sur 3 a présenté une diarrhée, avec, dans 20% des cas des symptômes sévères
  •   Qu’une personne sur 25 a présenté un paludisme ; ce qui représente 5000 voyageurs français par an. C’est un risque majeur lié à la possibilité de méningo encéphalite à Falciparum
  •   Qu’un voyageur sur 40 a présenté une hépatite A ; ce risque d’hépatite A est 100 fois supérieur à celui de la fièvre typhoïde.
  •   Qu’un voyageur sur 400 a présenté une MST (gonococcie, syphilis, sida) ; c’est un risque faible et surtout lié aux comportements à risque
  •   Qu’un voyageur sur 1300 a présenté une hépatite B (là aussi le risque est faible)
  •   Enfin les cas de fièvre typhoïde, polio et choléra ont été rares sur cet échantillon de 100 000 personnes.

       Les conseils délivrés par les agences de voyage sont très souvent succins. Il appartient donc au médecin de répondre plus précisément aux questions du futur voyageur. Dans l’idéal, il serait souhaitable de voir celui-ci, deux fois avant son départ :
       - une première fois, 1 à 2 mois avant,
      
- une deuxième fois, 8 jours avant le départ.

La première consultation

       La première consultation, 1 mois ou 2 avant le départ, a pour objectif de préciser les risques encourus et la façon de les éviter, notamment par des vaccinations appropriées.
       On essaiera donc de répondre aux questions suivantes :

  1. Les vaccinations de base sont-elles à jour ?
    C’est à dire Tétanos, Polio et Diphtérie , sans oublier le ROR chez l’enfant.
    Ces vaccinations sont indispensables quelque soit la destination du voyage ; la polio sévit toujours en Afrique, en Inde et dans les pays de l’Est.
  2. La vaccination contre la fièvre jaune est-elle exigée pour votre destination ?
    C’est à dire l’Afrique intertropicale, le Brésil et ses pays frontaliers (excepté les régions côtières) et l’Amérique centrale.
    Cette vaccination est faite par les centres hospitaliers ou de vaccination et les aéroports pour garantir la chaîne du froid. Une injection protège 10 ans.
  3. Allez-vous dans une région impaludée ?
    Si oui, quel est son groupe de résistance aux traitements ?
    - groupe I : pas de Chloroquino résistance
    - groupe II : Chloroquino résistance présente
    - groupe III : prévalence élevée de Chloroquino-résistance ou multirésistance
    Dans les pays du groupe III, il y a : l’Afrique Noire sub-saharienne, le Nord de l’Amérique du Sud, certaines régions de l’Asie du Sud-Est (Birmanie, Laos).
  4. Quels sont les risques de contamination digestive par l’eau ou les aliments ?
    C’est à dire le risque de " Tourista ", d’Hépatite A, de Fièvre typhoïde et de Choléra
    - la "tourista " est très fréquente, habituellement bénigne, excepté chez l’enfant et lors de la prise de médicaments qui facilitent ou compliquent cette diarrhée (anti acides, diurétiques, anti-arythmiques, digitaliques).
    Elle survient dans les premiers jours du voyage, est toujours d’origine infectieuse (Colibacille), plus rarement parasitaire ou virale.
    Les mesures préventives sont essentielles (Boil it, Cook it, Peel it, or Forget itÉ) et, en dehors du traitement symptomatique, il est utile d’expliquer les principes de l’auto traitement en cas de diarrhée gênante ou sévère (Fluoroquinolone, Bactrim).
    - l’hépatite A : elle est présente dans tous les pays en voie de développement à faible niveau d’hygiène. Les habitants de ces pays sont tous contaminés dès l’enfance ; alors que dans nos pays industrialisés, les risques sont peu probables.
    En conséquence, les enfants et jeunes adultes sont de moins en moins immunisés.
    Par contre, on vérifiera l’immunité des adultes de plus de 50 ans avant de leur proposer une vaccination (1 injection protège une année).
    - La fièvre typhoïde: Le risque est minime en dehors des voyages aventureux ou de longue durée.
    Le vaccin protège 3 ans (1 injection), mais la protection n’est pas totale, et ne protège pas contre les paratyphoïdes.
    - Le Choléra : risque également minime.
    La vaccination n’est plus exigible depuis 1973 car peu efficace.
  5. Y-a-t-il des vaccinations spécifiques recommandées pour vos destinations ?
    - La méningite à méningocoques A et C :
    Présente en Afrique sahélienne (saison sèche), certaines régions d’Asie (Népal, Mongolie, frontière Chine/Mongolie, Nord de l’Inde). Le risque existe surtout pour les séjours longs en zones rurales.
    Une injection protège 3 ans.
    - L’encéphalite japonaise :
    Le vecteur est un moustique, les régions endémiques sont des zones rurales de l’Est et Sud Est de l’Asie, mais c’est une maladie grave avec 25% de décès dans les cas déclarés.
    Il faut 3 injections pour une bonne protection.
    - La rage en zone tropicale lors de séjours prolongés en zones rurales.
    La vaccination permet d’alléger le schéma vaccinal en cas de morsure.
  6. LES AUTRES RISQUES INFECTIEUX SPÉCIFIQUES
    La Dengue :
    Arbovirose tropicale De l’Asie du Sud-Est et d’Amérique Centrale, le vecteur est un moustique. Il n’y a pas de vaccin
    La Bilharziose :
    Contamination par baignade en eau douce, stagnante et chaude.
    La Filariose,
    Transmise par piqžre de Taon
    La maladie de Chagas,
    En Amérique latine, transmise par de grandes punaises.
    Enfin la maladie du sommeil et les intoxications par cignatera.
  7. On informera le voyageur du risque lié aux MST (Gonococcie, syphilis, Sida) et aux risques d’hépatite B.
    Il faut évoquer le risque lié au tatouage avec matériel contaminé. C’est l’occasion de proposer une vaccination contre l’hépatite B.

         Après ce tour d’horizon des risques encourus (et si le voyageur a encore envie de partir !), on peut proposer un calendrier de vaccinations.
                                        
LE CALENDRIER VACCINAL :

  • L’idéal est de débuter 2 mois avant le départ chez le voyageur qui n’est pas vacciné contre tétanos et polio et 1 mois avant, pour les autres.
    - à J-60 DT POLIO BCG (primo vaccination)
    - à J-30 Rappel DT POLIO ou Polio seule Méningite A/C - Rage - ROR - Encéphalite japonaise - grippe
    - à J-15 Hépatite A, Fièvre jaune, typhoïde, encéphalite japonaise (2è)
    - à J- 8 Polio (3ème injection de primo vaccination) Rage, encéphalite japonaise Hépatite B
  • On peut réaliser une vaccination accélérée contre l’hépatite B, avec 3 injections : à JO, J7, J21 C
  • Dans la pratique, le voyageur consulte souvent tardivement, 2 semaines ou moins avant le départ ; on peut simplifier le schéma vaccinal en le complétant au retour :
    - à J 0 DT POLIO + HÉPATITE A/B
    - à J12 FIéVRE JAUNE, HÉPATITE A
    - à J26 DT POLIO, TYPHOìDE
    - à J36 HEPATITE A/B ; MÉNINGITE A/C
    - à J50 DT POLIO

       On terminera cette 1ère consultation, en suggérant une visite de contrôle chez le dentiste.

La deuxième consultation

       La deuxième consultation, 8 à 10 jours avant le départ.

  1. permet de vérifier et terminer les vaccinations
  2. prescrire une chimio-protection antipaludéenne :
    Régions du groupe I : NIVAQUINE™
    Régions du groupe II : SAVARINE™ chez l’adulte PALUDRINE™ + NIVAQUINE™ chez l’enfant < 15 ans
    Régions du groupe III :
           Le LARIAM™ chez l’adulte, et enfant (> 15 kg) et commençant 10 jours avant le départ, 1 prise par semaine. Contre indiqué chez la femme enceinte et lors d’antécédents dépressifs
           La DOXYCYCLINE™ dans les régions de résistance au LARIAM™ (Cambodge, Laos, Thaïlande), contre indiqué chez la femme enceinte.
    On pourra expliquer et prescrire un traitement de l’accès palustre, ce traitement ne s’impose qu’en l’absence de possibilité d’avis médical en moins de 12 heures.
  3. on composera la pharmacie de voyage :
    qui comporte les médicaments pris au long cours en quantité suffisante et à mettre en bagage cabine (perte de bagage) et des médicaments de première intention.
  4. On peut faire un résumé écrit des maladies chroniques du patient et les DCI des médicaments qu’il prend.
  5. On lui conseillera d’emporter sa carte de groupe sanguin.
  6. Et on lui donnera quelques conseils pour le voyage :
    - Mal des transports,
    - Pathologie ORL (Sinusite/otite)
    - Le décalage horaire, les hypnotiques,
    - Les problèmes liés à la stase veineuse (marcher dans l’avion, boire 2 litres)
    - Les risques de l’ensoleillement, ceux liés à la chaleur, à l’altitude.
    Enfin, avertir que certaines maladies tropicales peuvent ne se manifester qu’après le retour et qu’il faudra compléter les vaccinations non terminées.