FMC l'Étoile
Dépressions masquées, dépressions masquantes.
08.12.1999
Organisateur: Dr Pascal Fournier                 Experts: Dr Frédéric Seyral
  

L'exposé
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dernière mise à jour

21 décembre 1999

 Ce que l'on retrouve dans toutes dépressions :

Signes

Affectifs
Somatiques
Psychiques
Cognitifs

Humeur dépressive

Troubles du sommeil

Désintérêt

Troubles de la concentration

Auto dépréciation

Troubles de l'appétit

Désespoir

Troubles de la mémoire

Sentiment d'inutilité

Perte de l'énergie

Idées suicidaires

Anhédonie

(psychasthénie, aboulie)

Athymhormie

Diminution de la libido

Anxiété

Ralentissement psychomoteur

- Aboulie : Difficulté à agir, à prendre une décision
- Anhédonie : Perte du sentiment de plaisir
- Athymhormie: Indifférence affective

 Ce qui est propre à la dépression masquée :

 1) Masque somatique

   Si pour le psychiatre, qui voit ce type de patient, en bout de course après échec des traitements symptomatiques et une liste impressionnante de bilans négatifs, il parait naturel d'évoquer spontanément ce diagnostic, la plus élémentaire prudence nécessite, pour celui qui voit le patient en 1 ère intention, de faire de la dépression masquée un diagnostic d'exclusion -D'autant qu'il est fréquent d'observer une pathologie somatique et une réaction dépressive ( Néos, affections cardio vasculaires )

Cas clinique n°1:

 Mme V. 53 ans, douleur épaule droite, pas de substrat organique. Un néo thyroïdien opéré 10 ans plus tôt, qui ne l'inquiète pas. Adressé par son médecin traitant car bilan somatique négatif. Accepte l'éventualité d'un "état psycho somatique". Au décours des entretiens on apprend que les douleurs ont commencé quand l'entreprise qu'elle dirige a eu des difficultés financières et que c'était une entreprise familiale. Mme V. se reproche de ne pas avoir été à la hauteur pour sauver l'entreprise qui a été rachetée par un grand groupe.

Psychothérapie + Déroxat = bon résultat.

Cas clinique n°2:

 Mr X. 55 ans gérant d'immeubles, retraité militaire, ancien alcoolique stabilisé depuis 10 ans, a fréquenté les A. A. mais a pris ses distances tout en restant abstinent. Sec, droit, se définit comme dur au mal, se plaint de brûlures épigastriques, sans rythme franc mais elles se calment le soir vers 18 heures, avant le repas, d'ailleurs il est moins irritable le soir. Ses douleurs ne sont pas calmées par les pansements gastriques ni par les antalgiques. Fibro, radio, biologie = RAS

 On pense à un équivalent dépressif car:
- Les éthyliques ont souvent des troubles dépressifs
- Variabilité de la douleur et l'humeur qui s'améliorent le soir.

 Les entretiens ultérieurs confirment l'existence d'un conflit avec les enfants et une disparition des douleurs avec la résolution du conflit familial.

Cas clinique n°3:

 Mme Z, 36 ans, vient, car fatiguée. A déjà ou une dépression en 1990, mariée, deux enfants de 8 et 10 ans, sans profession, a fait une première année de Fac de Lettres...
 Sa première dépression ayant cédé sous Ludiomil 75, ce traitement a été repris mais n'a pas "marché". Elle est adressée au psychiatre.
 On change l'anti-dépresseur car celui-ci a été pris depuis plus de trois semaine sans résultat. Patiente mise sous Serotoninergique. Pendant les entretiens, à part de sa fatigue, Mme Z. ne se plaint de rien, sauf d'un manque de goût pour tout, puisque...tout la fatigue. Mais si elle se sentait plus forte elle pense qu'elle aurait plaisir à reprendre ses activités habituelles. Bilan thyroïdien demandé: RAS.
 Au bout d'un mois Mme Z. est toujours fatiguée, non suicidaire. Rien de saillant dans sa vie, sauf ine première dépression réglée depuis 9 ans. Donc nouveau bilan biologique complet qui montre anémie hyposidérémique : traitement martial, disparition de l'asthénie et retour du moral !

2) Masque psychiatrique (alcool, toxiques)

   - État confusionnel ou pseudo démentiel chez la personne âgée,

   - Toxicomanie et alcoolisme surtout lors de cas de prises "compulsivee'.

   - Troubles Obsessionnels Compulsifs ( TOC ): troubles associés à dépression.

 Souvent améliorés par anti dépresseurs.

TROUBLES DEPRESSIFS PURS

Troubles thymiques unipolaires = Dépression endogène (UP I)

  La récurrence d'épisodes dépressifs majeurs (durant plus de 15 jours) est le critère principal.
La réponse au lithium est mauvaise.
Une évolution vers la bipolarité peut s'observer, on parle alors de pseudo-unipolaire (UP II). Les facteurs de prédiction de cette évolution sont:
       - le début avant 25 ans
       - la nature psychotique des épisodes
       - les épisodes psychiatriques post-puerpéraux
       - des périodes hypomaniaques induites par les antidépresseurs
       - l'influence saisonnière
       - la réponse positive inattendue au lithium (UP L)

Dépressions récurrentes brèves (DRB)

 Récemment décrites, elles correspondent à un état dépressif majeur, mais durant moins de15 jours, en général 3 ou 4 jours, et se reproduisant 1 à 2 fois par mois sans qu'il soit retrouvé d'événements de vie déclenchant de troubles graves de la personnalité sous-jacente.
 Elles posent parfois de difficiles problèmes de prise en charge:
       - risque de suicide important
       - difficulté du traitement: elles "guérissent" spontanément avant le délai d'action des antidépresseurs
       - mauvase réponse aux thymorégulateurs.

Dysthymie ou névrose dépressive.

 État dépressif modéré durant pendant au moins 2 ans avec des rémissions de moins de 2 mois. Sans épisode hypomaniaque ni signe de bipolarité.

Formes cliniques complexes

  - Double dépression: Etat Dépressif Majeur + dysthymie
  - Dépression combinée: Etat Dépressif Majeur + Dépression Récurrente Brève
  - Dépression triple: Etat Dépressif Majeur + Dépression Récurrente Brève + Dysthymie

  L'intérêt diagnostique de ces formes complexes est qu'elles sont caractérisées par:
       - une demande de soins plus fréquente
       - un nombre d'hospitalisation plus grand
       - un risque suicidaire plus important.

Dépressions psychogènes ou réactionnelles

Ce sont des Etats Dépressifs Majeurs sans tendance à la récurrence.
 L'anamnèse retrouve clairement un événement de vie déclenchant (perte, deuil, rupture, changement professionnel, chômage, etc.).
 Les antidépresseurs sont efficaces d'autant plus qu'ils agissent vite, afin de ne pas chroniciser le patient. Les thymorégulateurs n'ont pas d'indication.

Etats dépressifs survenant au cours d'autres affections

   Affections psychiatriques
       - les états anxieux névrotiques surtout hystériques
       - les psychopathies
       - certains délires chroniques (paranoïa sensitive)
       - les schizophrénies, posant le problème diagnostique des schizophrénies dysthymiques
       - après un sevrage alcoolique ou toxicomaniaque.

   Affections organiques
       - Neurologiques
            - pathologies vasculaires cérébrales, démences vasculaires débutantes (++)
            - tumeurs cérébrales frontales ou temporales
            - maladie de Parkinson (+++)
            - syndrome subjectif des traumatisés crâniens : ce sont des névroses avec un état dépressif
            - certaines épilepsies temporales
            - intoxications aux métaux lourds.
       - Effets de certains médicaments
            - neuroleptiques (++)o
           - antihypertenseurs : alphaméthyl dopa (Alcomet), clanicine (Catapressan), bêtabloquants...
           - corticoïdes
            - Rimifon
       - Affections générales
           - tuberculose, cancer (pancréas ), hémopathie
           - Sida (+++)
            - collagénose
            - maladies endocriniennes: Addison, diabète, Cushing, dysthyroïdie(++).

 TRAITEMENT DES ETATS DEPRESSIFS

 Indication d'hospitalisation
   Est à discuter en fonction
        de la gravité de l'accès
            - existence d'idées suicidaires
            - intensité de la souffrance morale
            - angoisse associée importante
            - état dépressif symptomatique d'une autre affection : schizophrénie, Parkinson.
 Un patient présentant un accès mélancolique sera donc presque systématiqueme hospitalisé.
         des antécédents
            - suicidaires ou de mort par suicide dans la famille
            - de résistance aux antidépresseurs ou d'intolérance aux effets secondaires
            - d'un risque d'inobservance du traitement ( soupçonné )
         de l'environnement
            - isolement affectif
            - difficultés professionnelles
            - difficultés dans le milieu familial.
  En cas de refus de soin, une HDT peut être envisagée dans les cas graves.

  L'hospitalisation permet:
         - de pratiquer un bilan somatique (bilan sanguin, ECO, etc.)
         - de corriger les troubles hydro-électrolytiques fréquents chez le vieillard déprimé et dénutri
         - de surveiller le malade surtout pendant la période initiale correspondant au délai d'action des antidépresseurs.
         - de démarrer le traitement antidépresseur dans de bonnes conditions d'observance .
         - de pratiquer une psychothérapie de soutien d'une grande utilité.
         - de pouvoir pratiquer une sismothérapie en cas d'échec des médicaments par exemple.
         - de traiter une pathologie associés (maladie de Parkinson, hypothyroïdie ... ).
         - de faire un bilan psychopathologique complet permettant le diagnostic nosographique du trouble de l'humeur (entretien, tests psychomoteurs, etc.).
         - de débuter un traitement thymorégulateur éventuel.
   La durée de l'hospitalisation varie en moyenne de 15 jours à 2 mois.
   La sortie est décidée:
         - quand les idées suicidaires se sont amendées
         - quand l'observance du traitement est assurée
         - suffisamment tôt pour éviter le risque de désinsertion professionnelle, de régression et de désir d'assistance.

   Conduite du traitement antidépresseur
     L'intérêt de la voie IV est discuté
         - pas de réel avantage pharmacologique
         - risque de compromettre le capital veineux
         - mais effet placebo
         - et parfois la seule justification d'une hospitalisation décidée pour d'autres motifs (risques suicidaires par exemple).
      La voie orale d'emblée est utilisée par de nombreux cliniciens
      Le choix de l'antidépresseur est un problème difficile
         - pas de critère objectif indiscutable (++)
         - un argument clinique de poids: les antécédents du patient = choisir un antidépresseur ayant déjà été efficace, éviter celui ayant déjà été inefficace ou mal toléré du fait des effets secondaires.
         - en cas d'échec d'une molécule, beaucoup de cliniciens ont tendance à utiliser une molécule de mécanisme d'action différent. Exemple : si échec d'un noradrénergique, utilisation d'un sérotoninergique ou d'un dopaminergique. Si échec d'un tricyclique, utilisation d'un antidépresseur d'un autre type. Savoir qu'un antidépresseur donné agit sur 60 à 70 % des patients en moyenne.
      Un traitement anxiolytique est associé en cas d'anxiété
           Même si classiquement, cette association est préconisée pour prévenir la "levée de l'inhibition" en début de traitement, jamais un anxiolytique n'a été une garantie contre le risque de passage à l'acte, Un malade suicidaire doit être sédaté, éventuellement avec des neuroleptiques, mais avant tout surveillé.
      Un hypnotique est souvent utile en début de traitement du fait de l'insomnie.
           Il sera arrêté le plus vite possible.
      En cas de syndrome délirant
           Un traitement neuroleptique associé est souvent indiqué.
      Les contre-indications des tricycliques doivent être respectées:
         - adénome de la prostate
         - troubles du rythme et de la conduction (ECG)
         - antécédents d'ischémie coronarienne (ECG)
         - glaucome à angle fermé,
         - épilepsie: contre-indication relative après EEG (augmenter les doses d'anti-épileptique).
      Certains effets secondaires des tricycliques peuvent être corrigés s'ils sont mal tolérés
         - hypotension orthostatique: correcteur: Yohimbine, DHE, Hept-a-myl
         - sécheresse de bouche: correcteur: Sulfarlem S25
         - constipation
         - tremblements des extrémités
         - dysurie
         - confusion mentale: chez le vieillard notamment, et nécessitant le changement de médicament.
      Les antidépresseurs doivent être prescrits à doses suffisantes
           Par exemple: pour un tricyclique type clomipramine 150 à 200 mg/24 heures en moyenne, à atteindre en 5 à 8 jours environ. En cas de résistance, le dosage plasmatique du médicament est de plus en plus utilisé.
      Le délai d'action est de 15 jours à 6 semaines
           Parfois un virage maniaque de l'humeur nécessite la diminution voire l'arrêt du traitement et la prescription d'un neuroleptique.
      La durée totale du traitement est discutée
           Si 3 à 4 mois de traitement suffisent dans les dépressions réactionnelles, il était classique préconiser 4 à 6 mois dans les dépressions récurrentes unipolaires. Les auteurs tendent aujourd'hui à allonger ce délai : de 6 à 18 mois pour certains mais pour d'autres l'antidépresseur joue alors le rôle de thymorégulateur.

   Place de la sismothérapie

      L'indication essentielle est l'état dépressif majeur d'intensité sévère ou l'état mélancolique résistant à un traitement antidépresseur bien conduit.
      La sismothérapie peut s'envisager d'emblée du fait de l'urgence ( action plus rapide que les médicaments):
         - dans les états de stupeur mélancolique où le refus d'alimentation constitue une urgence (du fait du risque de ralentissement somatique)
         - du fait de l'importance de la douleur morale
         - du fait du risque suicidaire imminent (ou mal contrôlable dans le cas d'une dépression agitée ou anxieuse par exemple)
         - lorsque le syndrome délirant est au premier plan
         - en cas de contre-indication des antidépresseurs:
                 - sujet âgé (confusions dues aux antidépresseurs)
                 - dépression confusionnelle du post-parturn résistant fréquemment aux antidépresseurs.       Le traitement comprend 8 à 10 séances, quotidiennes ou un jour sur deux. L'effet est spectaculaire dans 85 à 90 % des cas.
      Surveillance du traitement
           Le traitement est pratiqué:
                 - après un bilan préanesthésique : NFS, ECG, radio de thorax, EEG pour certains,                            ionogramme sanguin, créatininémie.
                 - en salle de réveil avec un matériel de réanimation : scope, oxygène, déflibrillateur,                            matériel d'intubation
                 - en présence de l'anesthésiste réanimateur et du psychiatre
                 - sous curare et anesthésie générale (5 minutes)
                 - avec une surveillance des constantes vitales au
           Les contre-indications sont rares:
                 - contre-indication d'une anesthésie générale et du curare (myasthénie)
                 - anévrisme artériel (aorte, artère cérébrale)
                 - accident vasculaire récent
                 - HTA rebelle
                 - HTIC (Hypertension intracrânienne)
                 - maladie thromboembolique en évolution
                 - traitement anticoagulant
                 - décollement de rétine.
      Ni la grossesse, ni le grand âge, ni l'épilepsie ne sont des contre-indications.
           Effets secondaires:
                 - amnésie transitoire
                 - amnésie lacunaire de la période du traitement
                 - confusion post-critique durait quelques jours
                 - raptus anxieux au réveil (surveillance ++).
       Mais le traitement par sismothérapie a une image négative dans le public, et il devra être longuement expliqué au malade et à sa famille.

   Place de la psychothérapie

       Classiquement, pendant l'accès, une psychothérapie de soutien associée à la chimiothérapie est indiquée.
        Ultérieurement, un traitement psychothérapique ou psychanalytique des troubles névrotiques sous-jacents est à envisager chaque fois que possible.
        Un traitement de l'accès dépressif lui-même par une psychothérapie de type cognitivo-comportementale la plupart du temps associée à des médicaments est proposé par nombreux auteurs.
           - dans certains troubles dépressifs unipolaires ou psychogènes d'intensité modérée, il très efficace,
           - dans les cas ou malgré les antidépresseurs et les thymorégulateurs, les malades rechutent (dépression unipolaire résistante),
           - dans les cas de contre-indications des antidépresseurs ou d'inobservance du traitement.
        Elle consiste à:
           - fournir au sujet une explication pédagogique sur les liens situation - cognitions - réactions émotionnelles - comportements.
           - aider le sujet à identifier ses cognitions (pensées automatiques) et à prendre conscience de leur caractère systématiquement négatif, notamment concernant le moi lui-même, les autres et l'avenir (triade de Beck)
           - lui permettre d'analyser les dysfonctionnements ou distorsions cognitives responsables de ce biais systématique de ses jugements d'appréciation,
           - enfin l'aider à formuler d'autres cognitions alternatives possibles et de les lui faire expérimenter et valider dans sa vie de tous les jours par un apprentissage de tâches à domicile.

Source: Vade-mecum de psychiatrie. Docteur Michel-Pierre Haroche, Praticien hospitalier, Service du Professeur Ferreri, Hôpital Saint Antoine. Paris. Février 1994.