FMC l'étoile
Phlébites
12.01.2000
Organisateur: Dr Jacques Bellina                 Expert: Dr Gaïdic Aguilar

L'exposé
Le sujet sur la toile

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Dr Jacques Bellina

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

dernière mise à jour

31 janvier 2000

 

  Tout d'abord une précision de terminologie: il ne faut pas parler de phlébite, paraphlébite, périphlébite..., mais de thrombose veineuse qui peut être profonde ou superficielle. En effet l'inflammation de la veine ( la phlébite) est loin d'être constante , et inversement il peut parfois exister une inflammation sans thrombose.

  Un mot d'épidémiologie pour situer l'importance du problème.
    - 20 000 Morts par an en France
    - 3 ème cause de mortalité après le cancer et la pathologie cardio-vasculaire athéromateuse.

  Ces chiffres sous estiment le nombre réel de décès, car par définition les défauts de diagnostic n'y figurent pas.

  Pour mémoire, l'embolie pulmonaire représente environ 30% des causes de décès retrouvées lors des autopsies; et le diagnostic avait été fait seulement dans 5 à 15% des cas ante mortern.

  Si le diagnostic n'est pu fait, et donc en l'absence de traitement approprié, dans 4 % des cas une thrombose veineuse proximale (TVP) va provoquer une embolie pulmonaire mortelle.

  En pratique: Toute suspicion de TVP doit être impérativement confirmée ou infirmée.
  En effet le traitement à l'aveugle est dangereux : les anticoagulants font courir un risque inacceptable s'il n'y a pas de thrombose. Inversement en cas de thrombose un traitement à l'aveugle ne sera pas adapté
  Par contre , dans l'attente du diagnostic, on peut commencer un traitement par héparine de bas poids moléculaire (HBPM).

CAS CLINIQUES

 En pratique, deux situations:

    - Une grosse jambe avec ou sans douleur
    - ou une douleur d'un membre inférieur avec ou sans oedème

 A part, car la situation est le plus souvent rencontrée pu les pneumologues : recherche d'une thrombose veineuse dans le cas de suspicion d'embolie pulmonaire.

 Pour simplifier nous envisageons le cas le plus fréquent, c'est à dire celui du membre inférieur, mais bien sur, la conduite à tenir est globalement la même pour le membre supérieur.

 INTERROGATOIRE

   Age : la thrombose veineuse proximale est 2 fois plus fréquente après 40 ans
         pic de fréquence de 60 à 80 ans .
         jamais chez l'enfant sauf dans des formes familiales ou des circonstances très particulières ( maladies rares, réanimation... )

   Sexe : traitement hormonal surtout oestrogènes
         grossesse

   Caractère récent des symptomes

   Circonstances favorisantes :

     - immobilisation : en post opératoire on distingue 3 degrés de risque en fonction du type de chirurgie.
          - Platre ou attelle.
          - Immobilisation relative lors d'une maladie ou d'une hospitalisation en médecine.
          - Voyage en avion, en autocar surtout pour le troisième âge, en voiture sur de longs trajets.

     - effort,: il existe des thromboses veineuses proximales d'effort ( traumatisme de la paroi veineuse) chez les sportifs et également chez les CRS ( immobilisation lors de trajets longs puis effort brutal(!))

      - affection connue : surtout pathologie néoplasique ou maladie générale

 EXAMEN

   - Local:
          Thromboses profondes
                  La forme classique n'est pas la plus fréquente.
                  L'oedème du membre inférieur peut être pratiquement indolore.
                  La douleur peut être isolée sans oedème ( si la thrombose nest pas occlusive elle n'empêche pas le retour veineux et donc ne provoque pas d'oedème, mais son potentiel emboligène et tout aussi menaçant, sinon plus )
                  La douleur peut être de type musculaire
                  Le signe de Homans est inconstant et non spécifique

          Thromboses superficielles
                   La palpation retrouve un cordon induré , mais ne permet pas de localiser le pôle supérieur du thrombus qui peut être plus haut situé que le cordon induré.

    - Général:
           Recherche des facteurs de risque
           Recherche de signes de migration pulmonaire.

 Au total devant une grosse jambe douloureuse dans un contexte à risque, le diagnostic est facile, mais ce n'est pas le cas le plus fréquent.

 Que faire dans les nombreuses formes atypiques où la clinique oriente ( ou désoriente ) mais ne permet pas de prendre la décision thérapeutique?

 TROIS EXAMENS COMPLEMENTAIRES VONT ETRE ENVISAGÉS:

     1) Dosage des D dimères
         
 Il s'agit de produits de dégradation de la fibrine dont l'augmentation peut témoigner de l'existence dune thrombose , mais ne permet ni localisation, ni appréciation de la dangerosité du thrombus.
          Problèmes de délais de la réponse.
          Problèmes d'interprétation:
                   - test négatif: risque d'erreur de 5% , ce qui est statistiquement acceptable , mais individuellement risqué pour les 5% en question ( et pour leur médecin )
                   - test positif: peu de spécificité car peut correspondre à de nombreuses autres causes

     2) Phlébographie
          Autrefois examen de référence .
          Il ne faut plus la demander en première intention car il s'agit d'un examen couteux et invasif (douloureux, risque d'allergie à l'iode, peut provoquer secondairement une phlebite par agression directe de la veine).
          Trois fois sur quatre, la suspicion clinique ne correspond pas à une thrombose , et une méthode invasive ne peut donc être utilisée en première intention .
          Par contre la phlebographie garde des indications en seconde intention en cas de problèmes diagnostiques à l'écho doppler.

     3) Echo doppler
            C'est l'examen de référence pour le diagnostic de thromboses veineuses profondes.
            Il visualise directement la veine et la thrombose.
            Il permet un diagnostic positif: il existe oui ou non une thrombose.
                           un diagnostic de gravité : le thrombus est proximal ou distal
                                                                   le pôle supérieur du thrombus est flottant ou fixé.
                           un diagnostic différentiel : kyste poplité ( très fréquent, pouvant être fissuré ou rompu) hématome , érysipèle ...
                           parfois un début de diagnostic étiologique: présence d'adénopathies, existence d'une compression, d'une masse, d'un envahissement .

           Cependant cet examen indolore et rapide est opérateur dépendant
           Il est très fiable si l'opérateur est expérimenté et sait reconnaitre ses limites ( preciser les difficultés techniques liées en particulier au morphotype du patient surtout au niveau iliaque et au niveau sural), compléter éventuellement par me phlébographie.
           Il doit étre complet et permet d'étudier des veines distales de tout petit calibre de l'ordre du mm.
           Il permet de faire la distinction entre des séquelles anciennes de thrombose et des éléments plus récents correspondant à une récidive.
           L'écho doppler confirme donc le diagnostic mais permet également de quantifier le risque et donc de décider de la conduite à tenir.

  CONDUITE A TENIR

 Elle dépend du caractère profond ou superficiel de la localisation proximale ou distale, du caractère flottant ou fixe du thrombus

    1) Thrombose veineuse profonde

          Proximale : risque majeur de migration pulmonaire. Hospitalisation si le pôle supérieur est au dessus du creux poplité.
          Distale : traitement à domicile.
          Caillot flottant : hospitalisation .

    1) Thrombose veineuse superficielle

          Proximale : atteignant la crosse de la saphène : hospitalisation pour ligature de crosse ou crossectomie avec ou sans thrombectomie étendue.
          Distale : sur veine dilatée ( varice) :
                                      En théorie : AINS local et contention
                                      En pratique si risque d'extension haute ou de migration : anticoagulant .
                        sur veine non dilatée : AINS et prévoir un bilan étiologique car il s'agit très souvent d'un syndrome paranéoplasique ( sauf bien sur en cas de cause évidente type perfusion ou chambre implantable au membre supérieur)

 TRAITEMENT

        Le plus souvent médical .
        Quelques indications chirurgicales : thrombectomie en cas de thrombose superficielle proximale.                                                                  filtre cave en cas d'insuffisance du traitement médical.

         Début du traitement par héparine, le plus souvent HBPM , parfois en hospitalisation calciparine pour avoir un meilleur controle biologique de l'efficacité.
         Traitement curatif par Héparine de Bas Poids Moléculaire : en deux injections par jour ( lovenox, fragmine, fraxiparine), en une injection par jour ( fraxodi , innohep) la dose est fonction du poids. Pas de contrôle anti Xa sauf en cas d'insuffisance rénale, de poids hors norme, d'évolutivité sous traitement.
          Contrôle des plaquettes 2 fois par sernaine.

          Relais précoce par anti-vitamine K
               - dès que possible suivant la pathologie associée .
               - associé à l'EBPM tant que l'efficacité biologique n'est pu atteinte.
               - controle TP INR
                               TCA durant l'association à l'héparine.

          Durée du traitement par AVK : 3 mois en théorie ( Boccalon)
                                                           6 mois par prudence pour limiter le risque de reprise évolutive ( fréquente en pratique) ; à moduler suivant l'importance de la thrombose et le risque du traitement.
                                                           1 an en cas de récidive.
                                                            à vie après la 2 ème récidive.

 CONTENTION ELASTIQUE

     Indispensable
     Bas antithrombose en décubitus associe a la surélévation des membres inférieurs.
     Bas de contention classe 2 au lever.

 

 IMMOBILISATION

     Deux à trois jours à domicile.
    Tant que le thrombus est flottant en hospitalisation.

 CONTROLE ECHO DOPPLER PRECOCE ( 8 A 10 JOURS)

    Pour s'assurer de la stabilité de la thrombose.
    On retrouve rarernent une amélioration précoce avec reperméabilisation partielle;
    Le plus souvent absence d'aggravation et début d'organisation de la thrombose.
    Parfois on dépiste une extension malgré le traitement.
    Enfin en hospitalisation en vérifie la fixation du caillot flottant .

 SECONDAIREMENT: les antiagrégants plaquettaires dont pas d'intérêt dans la prévention de la récidive au niveau veineux ( les conditions de constitution de la thrombose étant très différentes de celles au niveau artériel)
                                           Intérêt préventif des AVK à petites doses ( mini sintrom)

  TRAITEMENT PREVENTIF EN PRATIQUE:

    1) Lutter contre la stase: contention élastique
                                               surélévation des membres inférieurs (en pensant à compenser par un oreiller supplémentaire pour eviter le RGO et la stase pulmonaire chez l'insuffisant cardiaque)
                                               Mouvements des jambes ++++

     2)Dépister les situations à risque
                              conseils hygiéno diététiques sur le mode de vie, les voyages.
                              traitement preventif en cas d'immobilisation

   Le traitement préventif en milieu chirurgical n'est pas abordé ici car dépend des habitudes de chaque service.

 BILAN ETIOLOGIQUE

     Biologique:
             coagulation :antithrombine III
                                 protéine C , protéine S , résistance à la protéine C activée
                                 anticoagulant circulant
                                 antiphospholipide

 A prévoir en l'absence de cause évidente ou en cas de notion familiale ( et dans ce cas faire le bilan à la famille )
 Ce bilan est faussé par le traitement anticoagulant et doit donc se faire avant , ou après l'arrêt de celui ci .
              recherche d'hémopathie ou de maladie générale en fonction du contexte.

     Recherche d'une pathologie néoplasique:
               En fonction de la clinique prévoir un bilan digestif, urologique , une échographie abdomino pelvienne, éventuellement un scanner.

 JUSTE UN MOT SUR LE FILTRE CAVE:

    Indication spécialisée : thrombus flottant très menaçant malgré le traitement anticoagulant .
                                         embolie pulmonaire sous traitement anticoagulant ( en sachant qu'il peut déjà y avoir un thrombus dans le ventricule droit, d'où l'intérêt de l'echo doppler cardiaque)
                                         contre indication au traitement anticoagulant

 QUELQUES CAS PARTICULIERS

       Membres supérieurs:

                 La fréquence augmente avec la chimiothérapie et la pose de chambres implantables.
                 Classiquement le risque emboligène est moindre, mais il existe un risque d'extension à la veine cave supérieure et aux veines jugulaires, et il faut donc appliquer le traitement anticoagulant suivant le schéma décrit.

       Phlébite bleue

                  Thrombose complète du carrefour saphéno fémoral qui bloque compètement le retour veineux entrainant un tableau clinique d'ischémie aigue artérielle par spasme , nécessitant une hospitalisation en urgence en milieu spécialisé.

       Thrombose cave

                    Oedème bilatéral des membres inférieurs avec ou sans choc.

       Thrombose pelvienne

                    de diagnostic très difficile, généralement adressé en digestif.

       Suspicion de phlébite sous traitement anticoagulant:

                    si la suspicion clinique existe faire echo-doppler
                               même chez les patients sous HBPM preventif
                               mais aussi chez les patients sous AVK apparemment bien équilibrés car entre deux controles il a pu y avoir une phase d'hypercoagulabilité relative ayant permis la constitution de la thrombose.

 EN CONCLUSION

     Retenir que le tableau clinique peut être très trompeur,
                   que la thrombose veineuse peut être associée ( et eventuellement masquée) à une autre pathologie notamment à une cause rhumatologique ou a un tableau post traumatique : phlébite d'effort ou stase par compression )
                   que le risque peut être vital et à court terme

     Il faut donc recourir à l'echo-doppler au moindre doute et dans les plus brefs délais ( insister auprès des secrétariats pour avoir un RV le jour même ou sous 24 h ( en moyeme 5 suspicions TV par jour en urgence )