FMC l'étoile

Le Diabète de type 2

13.04.1999

Organisateur: Dr François Ferrer                 Expert: Dr Martine Roques

Première partie: Réunion du 05.04.1999

Guides pour la Prescription Diététique

Lutte contre les facteurs de risque cardio-vasculaire

Guides pour la Prescription Diététique

  La tendance actuelle est à l'abandon des prescriptions diététiques rigides au profit d'une palette de conseils qui tient compte pour chaque individu de l'importance des différents facteurs de risque métaboliques mais aussi des dimensions psychologiques et sociales personnelles. La place fondamentale de la diététique dans le traitement justifie la réalisation d'un bilan diététique annuel pour chaque diabétique. Les obstacles tiennent à l'absence de formation nutritionnelle des médecins généralistes et à la difficulté d'adapter la prescription diététique à la représentation symbolique de l'alimentation pour chaque individu.
  L'éducation diététique est certainement un domaine privilégié pour la collaboration entre les médecins généralistes et les spécialistes en nutrition. La fourniture d'une aide aux médecins généralistes grâce à des diététiciennes et à des diabétologues impliqués dans des structures de type réseau pourrait s'avérer d'un bénéfice considérable.

I - OBJECTIFS DU TRAITEMENT DIÉTÉTIQUE

  Quatre objectifs peuvent être distingués :
   - Assurer un apport nutritionnel équilibré,
   - Réduire la glycémie et ses fluctuations,
   - Participer au contrôle des facteurs de risque cardiovasculaire
   - Respecter autant que possible le mode de vie des patients et leur représentation symbolique de l'alimentation pour être acceptable et ne pas trop altérer leur qualité de vie.

II - PRINCIPES DE L'ALIMENTATION RECOMMANDÉE

  Les recommandations générales sur la composition de l'alimentation sont les suivantes : restriction calorique, réduction des sucres simples, de l'alcool, des graisses saturées aboutissant à une alimentation composée de 15 % de protéines, 35 % de lipides, 50 % de glucides, en privilégiant les glucides complexes, les fibres et, les graisses mono insaturées (acide oléique).
  La restriction calorique doit rester modérée (environ 1/3 de la ration), d'abord pour être acceptable au long cours, ensuite parce qu'une perte de poids modérée (3 à 10 kg) suffit souvent à l'amélioration métabolique, enfin parce que les enquêtes alimentaires sous-estiment fréquemment la prise calorique réelle des sujets.
  Afin de fournir la quantité de glucose indispensable au fonctionnement du système nerveux, l'apport en glucides ne doit pas descendre en dessous de 140 g/jour, sous peine de provoquer une augmentation compensatoire de la production hépatique de glucose. Ceci représente environ 40 % de la ration dans les régimes hypocaloriques à 1400 kcal/jour. L'augmentation des calories glucidiques au-delà de ce taux a pour but d'éviter un apport lipidique excessif afin de réduire le risque de maladies cardio-vasculaires et d'aider au contrôle du poids (les glucides sont moins caloriques et plus satiétogènes que les lipides). Chez les sujets ayant une hypertriglycéridémie, il est cependant préférable de maintenir le pourcentage des calories glucidiques autour de 40 %, en augmentant l'apport en lipides mono insaturés.
  Le choix des matières grasses est aussi important que leur réduction. La diminution des graisses saturées athérogènes s'obtient en :
   - Remplaçant les produits laitiers entiers par leurs équivalents demi écrémés, les viandes grasses par les viandes maigres,
   - Favorisant la consommation de poisson (deux fois par semaine),
   - Évitant les fritures, les sauces et l'ajout de beurre dans les plats cuisinés.
  L'augmentation des graisses mono insaturées peut être assurée par la consommation d'huile d'olive ( ou d'arachide ) et de margarine " PRIMA ". Les mélanges type " ISIO 4 " sont une alternative pour les sujets n'aimant pas l'huile d'olive. La consommation des poissons gras doit être encouragée pour leur effet hypotriglycéridémiant et antithrombogène.

III - LIMITATION DE L'EFFET HYPERGLYCÉMIANT DES REPAS

  Il existe plusieurs moyens simples de limiter l'effet hyperglycémiant d'un repas :
  - privilégier les aliments riches en fibres alimentaires (légumes secs) ou à moindre pouvoir hyperglycémiant pour une même quantité de glucides (pâtes, riz) : ceci est dérivé de la notion " d'index glycémique ",
  - fractionner la prise des glucides en trois repas et plusieurs collations au cours de la journée : par exemple conseiller aux sujets qui déjeunent à l'extérieur une collation en fin d'après-midi assortie d'une diminution du repas du soir,
  - prendre des glucides au cours de repas mixtes apportant aussi des lipides et des protides : par exemple conseiller la prise de laitages au petit-déjeuner,
  - réserver la consommation d'aliments à fort pouvoir hyperglycémiant (pain, pommes de terre) aux périodes de la journée où la glycémie postprandiale s'élève le moins ou avant un effort physique.

IV - RÉDUIRE LA CONSOMMATION D'ALCOOL

  L'alcool a de nombreux effets métaboliques délétères: il provoque une insulino résistance postprandiale, il favorise l'élévation des triglycérides et de la tension artérielle, il apporte beaucoup de calories (7 kcal/g) qui sont préférentiellement stockées sous forme de graisses, il peut entraîner des hypoglycémies sévères chez les sujets à jeun ou dénutris traités par insuline ou sulfamides hypoglycémiants. Inversement, un effet coronaro-protecteur de l'alcool a été rapporté, qui serait en grande partie à l'origine du " paradoxe français ".
  Cet effet s'exerce probablement par l'intermédiaire des propriétés antioxydantes des flavanoïdes du vin rouge et par la diminution de l'agrégation plaquettaire. Il n'a pas été rapporté avec la bière, ni avec le vin blanc, ni avec les alcools forts, et n'a pas été démontré chez les diabétiques.
  On peut accepter la consommation de 2 à 3 verres de vin/jour par les sujets atteints de diabète, sauf en cas d'hypertriglycéridémie qui est nettement aggravée par l'alcool, même chez les sujets non éthyliques.

V - PLACE DES RÉGIMES À TRÈS BASSE CALORIES

  Les régimes à très basses calories (RTBC) apportent 800 kcal/jour ou moins, avec au moins 1 g/kg de protéines de haute valeur biologique.
  Les risques en sont l'hyperuricémie, les lithiases biliaires et les troubles du rythme cardiaque (qui sont exceptionnels depuis l'apport de protéines à un niveau suffisant).
  La perte de poids est rapide (1,5 à 2,5 kg par semaine), mais le maintien de cet amaigrissement à long terme n'est pas meilleur qu'avec les régimes classiques.
  Les RTBC ont été proposés chez les diabétiques de type 2 car ils peuvent obtenir une normo glycémie en 1 à 2 semaines, et quelques auteurs ont rapporté le maintien d'un bénéfice un an plus tard sur la glycémie et l'Hb A1c. Mais ces études n'ont pas été confirmées, et dans la plupart des cas la rechute glycémique est rapide après l'arrêt du RTBC. Ils sont contre-indiqués en cas de cardiopathie ischémique et d'insuffisance rénale. Les risques et l'absence de bénéfice durable de ces RTBC en limitent l'usage.
  Leur indication peut néanmoins être discutée chez les sujets en très grand surpoids ( Index de Masse Corporelle >35 ), d'autant plus qu'il existe un Syndrome d'Apnée du Sommeil associé. Du fait de leurs risques, ils imposent une surveillance étroite et une hospitalisation en milieu spécialisé.

VI - BILAN DIÉTÉTIQUE SIMPLE PAR LE GÉNÉRALISTE

  Un auto-questionnaire informatisé (" NAQA ") a été proposé et validé pour évaluer la prise alimentaire en collectivité. À l'échelle individuelle, il ne joue pourtant qu'un rôle de dépistage. Des questionnaires d'évaluation manuels peuvent être utilisés et ont l'avantage de permettre une approche structurée des problèmes diététiques. Mais ils ne permettent qu'une évaluation qualitative de l'alimentation. L'utilisation de programmes informatiques d'enquête alimentaire (comme BILNUT) et de livres représentant des portions d'aliments quantifiés (SUVIMAX) peut faciliter la réalisation d'un bilan diététique précis par le médecin traitant, au prix d'un investissement en temps certain.
  En fait, il n'est pas nécessaire que l'évaluation diététique par les généralistes débouche sur une appréciation chiffrée de l'alimentation. Une approche semi-quantitative peut suffire, avec schématiquement quatre types de résultats possibles :
   - Il n'y a pas de gros problèmes : tout va bien.
   - Le patient fait des erreurs évidentes, simples à corriger, comme une consommation excessive de matières grasses, d'assaisonnement ou de pain...
   - Il existe une hyperphagie ou bien il n'existe pas d'hyperphagie notable mais il faut faire mieux : ceci est l'indication d'une consultation spécialisée.
   - Il existe des troubles du comportement alimentaire de type compulsif, qui doivent être pris en charge par l'écoute du patient, la prescription éventuelle de médicaments et une psychothérapie.

VII - PÉRIODICITÉ DU BILAN DIÉTÉTIQUE

  Compte tenu de l'importance de la diététique dans le traitement du diabète, tout diabétique de type 2 doit bénéficier d'un bilan diététique annuel.
  Ce bilan peut être pratiqué par le médecin traitant. Ses résultats doivent être commentés aux patients, avec proposition éventuelle de modifications en vue d'atteindre les objectifs du traitement. Si nécessaire l'évaluation par le médecin traitant peut déboucher sur la demande d'une consultation spécialisée (diabétologue ou diététicienne) permettant une évaluation et une prescription diététiques plus précises.
  Même si les médecins généralistes ne sont pas formés aux techniques nutritionnelles, l'abord de ce sujet avec le patient a une fonction thérapeutique par elle-même, en soulignant la place primordiale de l'alimentation dans le traitement du diabète. La difficulté à modifier les comportements alimentaires justifie la répétition annuelle des bilans diététiques, même lorsqu'un régime détaillé a été prescrit initialement par une diététicienne ou un nutritionniste.

VIII - DETECTION DES PRINCIPAUX PIEGES ALIMENTAIRES CHEZ LES       DIABÉTIQUES AVEC SURPOIDS

QUESTIONS

RÉPONSES

1. Sautez-vous des repas ?

Faire 3 repas par jour (et parfois 1 ou 2 collations) est la base d'une alimentation équilibrée, et le fractionnement de l'alimentation glucidique peut contribuer à réduire l'hyperglycémie postprandiale.

2. Faites-vous un petit-déjeuner et lequel ?

Un bol de café ou de thé (même avec du lait) ne suffit pas il faut manger au minimum 1/6 de baguette,(40g), ou un fruit, avec un laitage.

3. Buvez-vous des boissons sucrées ?

Il faut supprimer complètement les boissons sucrées qui sont trop hyperglycémiques et leur préférer l'eau, les boissons light.

4. Vous resservez-vous du plat principal ou du fromage ?

Mieux vaut se servir une seule fois une part normale que de servir plusieurs fois. Le fromage est deux fois plus gras que la viande ; n'en prenez qu'une fois par jour à raison d'une portion de 30g (la valeur d'1/8 de camembert) en préférant les pates molles. Préférer les laitages à 0 ou 20%.

5. Mangez-vous souvent et en quelle quantité
- de la charcuterie ?
- des frites ?
- des cacahuètes, pistaches, amandes ?
- des chips ?
- des pâtisseries ?
- des viennoiseries ?
- des plats en sauce ?
- du chocolat ?

Tous ces aliments sont très riches en graisses et des "bombes caloriques" puisque les graisses apportent 9 Kcal par gramme (au lieu de 4 pour les glucides) ; ils doivent être évités ou consommés seulement à l'occasion, de temps en temps

6. Combien d'huile, de beurre et de margarine consommez-vous à la maison par semaine ou
par mois ?

Une façon simple d'apprécier la consommation de matières grasses d'assaisonnement est d'en diviser la consommation totale par le nombre de personnes à la maison multiplié par le nombre de jours, avec un éventuel facteur de correction. La consommation de 10 g d'huile et de 10 g de beurre ou de margarine par jour est un minimum indispensable à la santé, en sachant que toutes les huiles sont aussi caloriques les unes que les autres et que la margarine apporte autant de calories que le beurre.

7. Avez-vous faim en dehors des repas et que faites-vous ?

En cas de petit creux, on peut manger : un yaourt nature, 100 g de fromage blanc à 0 ou à 20 %, un blanc de volaille, une tomate ou une carotte, 2 ou 3 bâtonnets de surimi, une mini-barre de céréales ou un petit morceau de pain.

8. Buvez-vous et en quelle quantité
- du vin ?
- des apéritifs ?
- de la bière ?

L'alcool est calorique (7 Kcal par gramme). Un verre de vin ou une coupe de champagne apporte 70 Kcal et un apéritif ou un demi de bière entre 120 et 200 Kcal. Il faut le stopper ou le limiter à l'équivalent de deux verres de vin par jour.

.

IX - COMMENT PEUT-ON REPÉRER LA SIGNIFICATION DE L'ALIMENTATION DANS LE SYSTEME DE PENSEE D'UN PATIENT ET COMMENT EN TENIR COMPTE POUR PRESCRIRE UN RÉGIME

  Manger est une source de plaisir et c'est aussi un acte social. Pour être acceptée, la prescription diététique doit être adaptée aux goûts, aux habitudes de vie et aux traditions ethniques des sujets. Elle doit aussi être nuancée selon la représentation de l'alimentation dans leur système de pensée et son rôle dans leur vie sociale.
  Un questionnaire simple (PERSONA) a été validé pour aider à situer cette place en classant les sujets d'après leurs réponses en

Profil

nourriture

type de demande

Analysant

santé, sécurité,
force, tradition

explicative

Facilitant

convivialité,
partage,
groupe

recherche d'aide

Contrôlant

obligation,
rapidité,
volonté

efficacité

Promouvant

plaisir,
séduction,
pouvoir,
changement

magique

Bien que ce test soit forcément réducteur, l'approche qu'il propose peut permettre aux médecins de comprendre les difficultés de leurs patients à appliquer les prescriptions diététiques et à rechercher des solutions avec eux, au-delà des simples injonctions de faire.

X - PRISE EN CHARGE LES TROUBLES DU COMPORTEMENT ALIMENTAIRE

  Les troubles du comportement alimentaire de type compulsifs peuvent être pris en charge grâce à des méthodes dérivées de la thérapie comportementale basées sur l'auto-observation et l'analyse du comportement alimentaire.
  L'écoute des patients est essentielle pour leur permettre de verbaliser le sens de ces compulsions et de se déculpabiliser. La collaboration d'un psychothérapeute peut être souhaitable. Certains antidépresseurs de la lignée fluoxétine peuvent être efficaces pour aider à contrôler ces troubles s'il existe un élément dépressif.

Lutte contre les facteurs de risque cardio-vasculaire

  Les diabétiques de type 2 ont une mortalité cardio-vasculaire multipliée par 2 à 3 pour les hommes et 4 à 5 pour les femmes non ménopausées par rapport aux non-diabétiques.
  75 % d'entre eux décèdent de maladie cardio-vasculaire, principalement de cardiopathie ischémique. Ceci nécessite d'entreprendre des efforts particuliers non seulement pour normaliser la glycémie mais aussi pour contrôler les autres facteurs de risque très fréquemment associés au diabète dans le cadre d'un syndrome d'insulino résistance ou syndrome X. L'essentiel de ces efforts prend place en médecine générale. En cas d'échec des mesures hygiéno-diététiques, les médecins généralistes doivent savoir prescrire à bon escient les traitements pharmacologiques de l'hypertension artérielle et des dyslipidémies et s'attacher à obtenir l'arrêt du tabac, qui est la mesure la plus importante pour réduire le risque cardio-vasculaire.

I - OBJECTIFS DU TRAITEMENT DE L'HTA

  L'hypertension artérielle est définie par une PA > ou = à 140/90 mmHg à au moins 3 consultations. Sa prévalence dépasse 50 % chez les diabétiques de type 2 .
  Il faut insister sur la nécessité de mesurer la pression artérielle chez les obèses avec un brassard large (dont la poche gonflable recouvre les 2/3 de la longueur du bras et de sa circonférence), sous peine de majorer artificiellement les chiffres tensionnels.
  L'association de l'hypertension artérielle et du diabète de type 2 accroît le risque d'insuffisance rénale, de décès par maladies cardio-vasculaires et aussi de rétinopathie.
  L'étude UKPDS a démontré le bénéfice du contrôle strict de l'HTA chez les diabétiques de type 2 : le groupe de patients hypertendus avec contrôle tensionnel strict (14,4/82 mmHg) présente une réduction de 37 % du risque de complications micro vasculaires, de 34 % du risque de détérioration de la rétinopathie, de 32 % de la mortalité lié au diabète, de 44 % des accidents vasculaires cérébraux et de 56% de l'insuffisance cardiaque comparativement au groupe avec une pression artérielle moins bien contrôlée (154/87 mmHg).
  L'étude HOT a montré une division par deux du risque d'événements cardio-vasculaires majeurs et une réduction significative de la mortalité cardiovasculaire dans le groupe de patients diabétiques où l'objectif de pression artérielle diastolique était < ou = 80 mmHg par rapport au groupe où l'objectif était < ou = 90 mmHg.
  Sur la base de ces études, on peut recommander un objectif tensionnel < ou =139-144 / 81-82 mmHg pour les diabétiques de type 2.
  L'objectif doit probablement être encore plus strict en présence d'une atteinte des organes cibles, comme une micro albuminurie ou une hypertrophie ventriculaire gauche.
  Les mesures hygiéno diététiques utiles à la baisse de la tension sont la réduction du sel, de l'alcool, la perte de poids et l'exercice physique.

II - TRAITEMENT MÉDICAL DE L'HTA DES DIABÉTIQUES DE TYPE 2

  Quatre principales classes de médicaments sont disponibles pour traiter l'HTA des diabétiques : les diurétiques, les béta-bloquants, les inhibiteurs de l'enzyme de conversion et les antagonistes calciques. L'efficacité de ces 4 classes sur la réduction des complications cardio-vasculaires des diabétiques de type 2 a été prouvée.
  Les diurétiques et les bêtabloquants ont montré leur efficacité dans la prévention des complications de l'HTA dans la population générale comme chez les diabétiques de type 2. Les diurétiques et les béta-bloquants ont été accusés d'avoir un effet délétère sur la glycémie et les lipides plasmatiques, mais un article récent montre qu'en réalité, ceci n'a pas d'impact sur le pronostic cardio-vasculaire de patients suivis pendant 15 ans : les bêtabloquants cardio-sélectifs, les diurétiques thiazidiques à une dose ne dépassant pas l'équivalent de 25 mg d'hydrochlorothiazide par jour et les diurétiques de l'anse peuvent être prescrits sans réticence chez les diabétiques. Les diurétiques épargneurs de potassium sont contre-indiqués en cas d'insuffisance rénale.
  Les IEC ont un effet favorable sur la micro albuminurie et sur la fonction rénale des diabétiques de type 2 hypertendus, mais jusqu'à l'UKPDS aucune étude n'avait montré que la prescription d'IEC permettait de réduire la morbidité et la mortalité cardio-vasculaire des diabétiques de type 2. Dans l'étude UKPDS, le captopril a montré une efficacité équivalente aux bétabloquants (aténolol) pour contrôler l'HTA et réduire le risque de survenue des complications cardiovasculaires et aussi micro vasculaires. Les IEC ont par ailleurs démontré leur intérêt dans le post-infarctus. Leur dose doit être réduite en cas d'insuffisance rénale. En cas de détérioration rapide de la fonction rénale sous IEC, il est indispensable de rechercher une sténose des artères rénales.
  Les inhibiteurs calciques sont une classe hétérogène comprenant les dihydropiridines, le verapamil et le dialtizem. Plusieurs publications ont fait état d'une mortalité cardio-vasculaire accrue chez les diabétiques de type 2 traités par dihydropyridines. Cependant ces études sont non convergentes et probablement empreintes de conflits d'intérêts.
  De plus, dans l'étude HOT la réduction des événements cardio-vasculaires a été obtenue avec un traitement anti-hypertenseur de première ligne par la felopidine. Si on prescrit un inhibiteur calcique, il faut préférer les formes galéniques retard qui évitent les hypotensions brusques, sources potentielles d'ischémie myocardique. Les dihydropiridines sont déconseillées dans l'angor instable et le post infarctus.
  L'atteinte de l'objectif tensionnel apparaît donc plus importante que le choix de la molécule. Les quatre principales classes de médicaments anti-hypertenseurs peuvent être utilisées. Compte tenu des données accumulées en leur faveur, le traitement de première intention peut faire appel à un bétabloquant ou à un diurétique thiazidique. En cas de contrôle tensionnel insuffisant l'association de ces médicaments est logique. Les IEC (et sans doute les inhibiteurs de l'angiotensinogéne) peuvent également être prescrits en première ou en deuxième intention.
  En cas de plurithérapie, la prescription d'un diurétique est toujours recommandée chez les sujets diabétiques qui sont souvent en surpoids et qui présentent une hypervolémie avec rétention hydro-sodée.
  Une éducation au traitement de l'hypertension basée sur l'auto-mesure de la pression artérielle peut être particulièrement utile pour assurer le succès de la thérapeutique.

III - POURQUOI TRAITER LES DYSLIPIDÉMIES

  L'hyperlipidémie est très fréquente chez les diabétiques de type 2, et associe typiquement l'élévation des triglycérides, la baisse du HDL cholestérol et des anomalies qualitatives des lipoprotéines dominées par la prépondérance de LDL petites et denses qui ont davantage tendance à être oxydées et à se déposer dans la paroi artérielle. Il semble que ces anomalies des lipoprotéines soient liées à une hyper production hépatique de triglycérides et qu'elles surviennent dès que le taux de triglycérides dépasse 1.50 g/l, c'est-à-dire pour des hypertriglycéridémies modestes.
  Les triglycérides sont un facteur de risque cardiovasculaire important chez les diabétiques. L'étude prospective parisienne montre une augmentation de la morbidité coronarienne dès un taux de triglycérides > 1.50 g/l. Cependant cette corrélation épidémiologique ne signifie pas que la réduction des taux de triglycérides permet de réduire le risque cardio-vasculaire des diabétiques de type 2.
  La réduction du taux de cholestérol par les statines chez les diabétiques de type 2 a apporté une réduction de 55 % du risque de récidive coronarienne comparativement au placebo. Cette réduction est supérieure à celle de 32 % obtenue chez les non diabétiques. La réduction de la mortalité totale était à la limite de la significativité (p= 0.08). En prévention primaire, l'étude AFCAPS/TEXCAPS (utilisant la lovastatine, durée moyenne de 5,2 ans) a montré une réduction du risque d'événements coronariens fatals et non fatals de 37 %. Ce bénéfice est retrouvé de façon identique dans la population générale et dans le sous-groupe des 155 diabétiques inclus dans l'étude.

IV - TRAITEMENT HYPOLIPIDÉMIANT

  Le traitement hypolipidémiant à tendance à être moins prescrit que le traitement anti-hypertenseur chez les diabétiques de type 2. Ceci tient probablement à la réputation qu'ont les dyslipidémies des diabétiques d'être secondaires aux troubles de la glycorégulation.
  Le premier traitement de ces dyslipidémies est effectivement l'optimisation du contrôle glycémique et les mesures diététiques orientées selon le type d'hyperlipidémie. Mais le traitement du diabète n'améliore souvent qu'incomplètement les troubles lipidiques et si les lipides restent au-delà de l'objectif après 6 mois, il faut utiliser un hypolipidémiant.
  En cas d'hypertriglycéridémie, les mesures diététiques spécifiques sont
   - la limitation des apports en glucides à 40-45 % de la ration calorique,
   - la suppression de l'alcool
   - l'augmentation de la consommation de poissons gras.
  En cas d'hypercholestérolémie,
   - le remplacement des graisses saturées par les graisses mono insaturées (huile d'olive).
  Les anomalies du LDL-Cholestérol, justifiant l'instauration d'un traitement médicamenteux sont les suivantes :
   - Prévention primaire avec un seul autre facteur de risque : LDL-Ch > ou = 1.90 g/l
   - Prévention primaire avec au moins deux autres facteurs de risque : LDL-Ch > ou = 1.60 g/l
   - Prévention primaire avec au moins 3 autres facteurs de risque ou prévention secondaire: LDL-Ch > ou = 1.30 g/l
  La décision thérapeutique peut être aidée par l'utilisation des tables de risque cardio-vasculaire global en prenant comme argument de traitement un risque de cardiopathie ischémique dans les 10 ans supérieur à 20 % (ou supérieur à 2 % par an).
  En prévention primaire,
   - Il paraît préférable de prescrire une statine en cas d'élévation isolée du LDL-Cholestérol ou en cas d'hyperlipidémie mixte,
   - Les fibrates restent le traitement de choix en cas d'hypertriglycéridémie > 4 g/l associée à une hypercholestérolémie.
  En prévention secondaire,
   - Une statine doit être prescrite si le LDL-cholestérol reste supérieur à l'objectif.
  Les résines ont tendance à augmenter le taux de triglycérides, et sont donc réservées aux hypercholestérolémies pures ou prédominantes, en association possible avec les fibrates ou les statines.
  La supplémentation pharmacologique en huile de poisson a été innocentée d'un possible rôle délétère sur l'équilibre glycémique, mais son absence d'efficacité démontrée sur les complications cardiovasculaires la réduit à n'être qu'une mesure marginale.
  À l'heure actuelle, l'utilisation pharmacologique des antioxydants n'a pas de justification (l'huile d'olive est riche en vitamine E).

V - ROLE DU CONTRÔLE DE L'HYPERGLYCÉMIE DANS LA RÉDUCTION DU RISQUE CARDIO-VASCULAIRE

  Le risque de maladie cardio-vasculaire est déjà presque doublé chez les sujets présentant une "intolérance au glucose" et le risque de décès par maladie coronarienne est doublé dès une glycémie à jeun > ou = 1.26 g/l. Un taux d'Hb A1c > 6.2 % est prédicteur d'accident coronarien, avec une augmentation de 11 % du risque pour chaque 1 % d'Hb A1c au-delà de ce taux.
  Il est cependant évident que la pathologie cardio-vasculaire est multifactorielle : la corrélation épidémiologique entre hyperglycémie et risque cardio-vasculaire ne suffit pas à établir que la baisse de la glycémie va permettre de réduire le risque cardio-vasculaire du diabète de type 2.
Bien que non encore totalement démontré, l'effet bénéfique du bon contrôle glycémique du diabète de type 2 sur le risque de complications cardio-vasculaires est probable.

VI - ROLE DE L'ARRET DU TABAC ?

Le tabagisme rend compte à lui seul de 50 % du risque de maladies cardio-vasculaires et son arrêt est la mesure la plus importante pour réduire ce risque. Il est souvent difficile de l'obtenir chez des sujets déjà soumis aux contraintes d'un régime alimentaire et d'un traitement médicamenteux.
  D'autre part, une des conditions du succès est que la tentative d'arrêt soit effectuée à l'initiative du patient lui-même plutôt que sous la pression du médecin.
  La première étape est donc de rappeler régulièrement au patient le rôle nocif du tabac et la nécessité de l'arrêter en lui laissant le choix du moment, plutôt que de lui lancer un ultimatum. La deuxième étape est l'analyse avec le patient de son désir d'arrêter de fumer. Il est essentiel d'aborder la question du risque de prise de poids lors de l'arrêt du tabac, qui est un facteur limitant fréquent, et de voir avec les patients les moyens de la limiter par une adaptation diététique. La troisième étape est l'évaluation de la dépendance pharmacologique envers la nicotine avec le test de Fagertröm. Si le patient est peu ou non dépendant, un sevrage sans médicament est possible. En cas de dépendance moyenne, le recours aux patchs de nicotine est nécessaire. En l'absence de pathologie cardiovasculaire instable, l'utilisation des patchs de nicotine est possible chez les diabétiques. En cas de dépendance forte, l'aide d'un centre de tabacologie et parfois d'un psychiatre sont nécessaires.

dernière mise à jour
23 avril 99

Références: Kit de prise en charge des diabètiques de type 2 en médecine générale.Conseil                     départemental du Diabète de l'Essonne.

                    Références Médicales de l'ANAES janvier 1999

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