FMC l'étoile

La maladie d'Alzheimer

Exposé: Dr Demoures

06/11/1997

Organisateur: Dr Véronique Treussier        Expert: Dr Geneviève Demoures

L'exposé       Le sujet sur la toile       Autres démences

Prise en charge du Malade Alzheimer.

  Il est faux de penser que l'on devient dément parce que l'on vieillit. Neuf personnes agées sur dix gardent toute leur tête. Les autres sont malades et la maladie d'Alzheimer est la plus fréquente des démences. Une maladie qui ne se guérit pas, mais se soigne.
  La maladie d'Alzheimer est une affection neurologique à part entière, qui doit être envisagée comme telle. La place du dément est à son domicile, tant que les limites du tolérable ne sont pas atteintes. Ce sont donc les généralistes qui, avec la famille, vont adapter la conduite à tenir vis à vis de ces patients qu'il faut avant tout comprendre. Il est fondamental de savoir que le dément est lucide sur son état pendant la majeure partie de l'évolution de la pathologie
  Certes, la maladie d'Alzheimer se développe le plus souvent chez le sujet agé, mais tout amalgame est dangereux. Le plus jeune Alzheimer français n'a que 39 ans. Il n'y a pas de corrélation entre la vieillesse et la démence.La majorité des personnes agées ne "perdent pas la tête"; la démence progressive doit être envisagée comme toutes les maladies, avec ses signes de début, ses modalités d'évolution et sa graduation dans la prise en charge.
  L'apparition de la Tacrine n'a pas modifié fondamentalement le devenir de ces malades, cependant, lier la maladie à un traitement spécifique a eu une valeur psychologique qui dépasse son efficacité. La famille se retrouve désormais confrontée à une pathologie qui se détecte et dans une certaine mesure se soigne, et donc accède à une légitimité. Ce nouveau statut va de pair avec une meilleure connaissance des mécanismes qui régissent le comportement des déments; les connaître permet souvent d'anticiper les problèmes.
La prise en charge est assurée au moyen de médicaments, de mesures de soins, et de mesures de protection de justice.
 I- Signes de dépistage.
  La perte de la mémoire est le signe spécifique de l'affection. Qu'elle émane du patient lui-même ou de son entourage, cette plainte est celle qui conduit le plus souvent à demander un avis médical.
 - Il faut éliminer les oublis bénins liés à l'age, par déficit de la mémoire de fixation (oubli d'un nom, d'une partie des commissions....). Léopold Sédar Senghor disait:"lorsqu'un vieillard meurt, c'est une bibliothèque qui brûle".Il parlait d'une mémoire de société, conservant les éléments fondamentaux du passé; actuellement, on parle de la mémoire efficace dans le quotidien. Ce n'est pas la même mémoire.
 - Pour établir le diagnostic, après avoir fait relater les raisons de l'inquétude de l'entourage ou du patient, oublis graves ( papier toilette dans le frigo...), on utilise le M.M.S. (Mini Mental Score). Il permet une orientation vers une origine dégénérative ou vasculaire. Il est rapide, environ 1/4 d'heure: répétition de mots, épeler à l'envers un mot simple, écrire une phrase....Il permet de détecter les patients en détresse. Si le score dépasse 30, ce n'est pas un Alzheimer. S'il est aux alentours de 25, il faut éliminer les dépressions à forme pseudo-démentielle avec trouble de la mémoire,insomnie, trouble du caractère (acariâtre). Si le M.M.S. est inférieur à 20, faire un traitement antidépresseur d'épreuve.Toutefois le M.M.S. doit être interprété en fonction du niveau culturel du patient, de son milieu.
 - Le test G.D.S.analyse les comportements (chants,etc.). Il est utilisé chez les personnes agées.
Penser à mettre le patient en confiance, seul avec le médecin (pour éviter la tension induite par un tiers inquisiteur) , vérifier qu'il a ses lunettes avant de le tester.
 - Le scanner cérébral avec clichés centrés sur l'hippocampe. Il permet d'éliminer une tumeur cérébrale, une hydrocéphalie à pression normale, précise l'origine dégénérative (60%) ou vasculaire ( lacunes ).
Prise en charge.
Si démence vasculaire, on peut utiliser des traitements à visée vasculaire. L'efficacité en est tout à fait discutable.
Si pathologie dégénérative associée à un · extrapyramidal penser à la maladie des corps de Zein, que l'on a tendance confondre avec une maladie de Parkinson. Le Modopar® aggrave nettement leur troubles psychiques.
Dire: " Votre papa ou votre maman a une maladie de la mémoire. Il existe un traitement spécifique, la Tacrine (Cognex®)". Il est clair que le traitement ne dispense pas de la prise en charge globale.
                       Tacrine + malade attaché au fauteuil = résultat catastrophique.
                       Tacrine + environnement adapté = amélioration.
Le médicament donne un résultat tout à fait moyen, mais le regard de l'entourage a changé. Ce qui améliore le patient, c'est la diminution des neuroleptiques, et l'amélioration de l'environnement.
Le patient dément est lucide. Il se voit et a conscience qu'il se noie, mais il ne peut le communiquer verbalement. Il faut donc trouver d'autres moyens de communication, donner du sens aux troubles du comportement. Quelques Alzheimer commence par une aphasie (manque du mot, ou jargon, ou paraphrasie). C'est une maladie de la communication en plus de la mémoire.
"Ne devient pas dément qui veut" Maisondieu. Il y a moins d'Alzheimer chez les personnes qui voyagent, font du gardiennage ...ou du "bibinage". A l'inverse, les non-dits sont des cofacteurs favorisants. Nombreuses sont les vies qui ont accumulé des non-dits, des refoulements, compensés dans l'age adulte avec des personnalités plus ou moins bien équilibrées. Au soir de la vie, ne pouvant plus assumer, ils se réfugient dans l'oubli, mais l'oubli global.
Tous les déments sont angoissés et déprimés. Il ne faut donc pas oublier de traiter leur dépression.
La personne qui se plaint de perdre ses moyens et sa mémoire est souvent inhibée par le regard des autres et par l'anxiété qui en découle. Il faut donc les réconforter et leur recommander d'évoluer le plus possible dans une ambiance sereine. La bienveillance et la réassurance sont des éléments majeurs dans la prise en charge psychologique du patient en détresse, qui craint, ou qui sent qu'il perd la raison.
Il ne faut pas se contenter de la description des symptomes par la famille, il faut absolument examiner le patient avant de parler de quelque pathologie que ce soit: dépression, Alzheimer, troubles vasculaires, évolution physiologique "normale".... Ferait-on autrement pour un angor?
Il est difficile de porter le diagnostic à la 1° consultation. Dans cette maladie, le rôle du médecin généraliste est prépondérant, car il connait son malade et peut détecter très précocement une modification du comportement. Dans le doute, on prescrit un traitement antidépresseur d'épreuve, un peu d'Equanil® le soir pour dormir. Et on revoit le patient deux mois plus tard. Ou il a bien récupéré, et il s'agit d'un état dépressif pseudodémentiel, ou bien la démence se confirme. Même dans ce cas, le traitement andidépresseur est utile pour aider le patient. Pour ma part, je prescris systématiquement un antidépresseur, type Stablon® (pole anxiolytique intéressant ), 1 cp le matin et j'augmente progressivement, en fonction du résultat. L'efficacité est appréciée au bout du 2° mois. On peut aussi utiliser du Prozac®, du Seropram®, du Floxyfral®, du Zoloft® (éviter les antidépresseurs sédatifs, comme l'Athymil®)..., et toujours de l'Equanil® le soir. Pas de Benzodiazépines, ni d'Atarax®. Eventuellement de l'Imovane®, en sachant qu'en restituant un sommeil normal, il restaure les rêves et les cauchemars, ce qui en tempère l'intérêt. Il est parfois utile de donner un Equanil® à 16 heures, pour prévenir l'angoisse du soir, et un second au coucher pour favoriser le sommeil. Commencer par du 250. Eviter au maximum les neuroleptiques. Le trouble du comportement sévère nécessite l'hospitalisation. Il ne vient pas à l'idée de garder un infarctus à domicile; là, c'est pareil. Malheureusement , les hôpitaux généraux ou psychiatriques ne prennent que rarement ce type de patient. On les retrouve souvent attachés, grabatérisés. Les hôpitaux locaux paraissent mieux adaptés pour cette prise en charge, d'autant que le patient reste suivi par son médecin généraliste. Tout en disant que les patients ne sont jamais si bien que chez eux, il existe un stade de dangerosité comportementale ( les errances, les fugues ...) où l'entourage est dépassé, qui scelle l'indication de placement en milieu institutionnel. Pour reculer le plus possible ce moment, il faut pouvoir aider la famille en lui permettant de souffler. On peut proposer des hébergements temporaire en milieu spécialisé (type Verger des Balans ) pour rééquilibrer le traitement, des hébergements de jour, des centres de jour ( prise en charge beaucoup plus soignante: psychothérapie de soutien, rééducation des fonctions mémoire,... ) (à Périgueux). Ce n'est pas pris en charge par la Sécurité Sociale, pas plus que la pension d'une maison de retraite, et revient pour la famille à 200, 250 F par jour. Il existe des aides financières: prestation spécifique dépendance au dessous de 8 500 F de ressources mensuelles ( pensions + valeur locative de la maison et des biens ). Le maximum est fixé à 2 500 F / mois en fonction de la dépendance ( quantifiée par la grille GIR ). Il sert à rémunérer l'aide soignante du SIAD, l'auxiliaire de vie, l'aide ménagère. Ces chiffres ne sont valables que pour la Dordogne , au 1°/11/97; ils varient selon les départements.
Dernières mesures importantes à prendre: les mesures de protection juridiques. Il faut en parler au malade et à la famille, si possible en phase de début, dès que le malade risque de signer des chèques inconsidérés, pour le protéger de toute escroquerie. Avant d'en arriver à la tutelle qui fait perdre les droits civiques ( démence établie ), il existe la curatelle, plus légère, qui peut être assumée par un membre de la famille. Les comptes sont visée par juge, ce qui évite toute critique des tiers ( frères, soeurs...). Le patient peut faire de petits chèques, mais pour les grosses dépenses ( + de 2 000 F ), le chèque doit être contresigné par le curateur. Il existe aussi la curatelle 512, identique, mais sans privation des droits civiques. Dans l'urgence, il y a la sauvegarde de justice.
Autre mesure de protection, celle qui concerne la conduite automobile. Un Alzheimer ne doit pas conduire sa voiture. Outre le risque pour sa vie et celle des autres, s'il a un accident , les assurances ne l'assureront pas. Au niveau préfectoral, il existe une commission médicale qui a récemment révisée la liste des pathologies qui doivent lui être signalées dans le cadre de l'autorisation à la conduite automobile. Les demences et donc l'Alzheimer en font partie. Le médecin engagerait sa responsabilité en ne signalant pas une dangerosité pour la conduite auto.
De même, le nouveau code pénal précise que les violences sur les vieillards délient le médecin du secret professionnel. On doit donc signaler au procureur de la République les cas de maltraitance sur déments que l'on constate. Le non respect de cet article serait une non assistance à personne en danger. Cependant, il faut bien faire attention avant de déclancher la procédure, d'en apprecier toutes les conséquences.(souvent les enfants qui battent les parents, ont été battus par leurs parents. C'est le seul mode relationnel qu'ils connaissent!) Si on est sur que le malade est battu, le mieux est le placement rapide en institution, avec éventuellement signalement au procureur.
En conclusion, sachons que les estrogènes, les anti-inflammatoires, le tabac, l'alcool ont un rôle protecteur vis à vis de l'Alzheimer. Mais pour moi, la meilleure protection est la manière d'être; il faut privilégier l'être par rapport au paraître. Ceci dit, il existe des formes familiales, précoces, d'Alzheimer.

 

                             Hit-Parade